Mercredi 1 juillet 2009

RÉFORME DE LA FORMATION DES MAÎTRES

Il est encore temps de préserver l’avenir

Appel à Luc Chatel

mercredi 1er juillet 2009


Le gouvernement a préparé des décrets qui lui donnent en partie les moyens juridiques de mettre enœuvre sa réforme de la formation des maîtres. Leur publication est imminente. Pourtant, sur le fond, cetteréforme a suscité une opposition quasi unanime des instances universitaires, des organisations syndicalesd’enseignants et d’étudiants, des associations professionnelles, des sociétés savantes, des mouvementspédagogiques, des parents d’élèves (FCPE), etc. Et quant à la méthode, les textes de ces décrets ont étérédigés avant la fin des discussions engagées avec les syndicats dans les « groupes de travail » et alorsque la « commission de concertation » coprésidée par MM Marois, recteur, et Filâtre, présidentd’Université, avait à peine commencé ses travaux. C’est au point que la Conférence des présidentsd’université (CPU) et M. Filâtre, la Conférence des directeurs d’IUFM (CDIUFM), la Conférence desdirecteurs d’UFR de sciences (CDUS), la Conférence des directeurs d’UFR de lettres et scienceshumaines (CDUL) ont dû décider de suspendre leur participation à cette commission, acte inédit dans lesrelations entre le gouvernement et l’Université au cours des dernières décennies. Au même moment, tousles syndicats exigeaient que les projets de décrets soient retirés de l’ordre du jour du Conseil Supérieur dela Fonction Publique d’État (CSFPE) et le Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de laRecherche (CNESER) demandait leur retrait.

L’actuel projet de réforme aurait pour conséquences une dégradation de la formation professionnelle desenseignants, une remise en cause du rôle des IUFM, la mise en danger des recherches en didactique desdisciplines, une déstabilisation des équipes de formation et de recherche… Ne pouvant plus bénéficierd’un salaire au cours de la cinquième année d’étude, les étudiants les plus modestes auraient davantage dedifficultés pour accéder au métier d’enseignant. De plus, si le gouvernement maintenait la suppression des14 000 postes de stagiaires annoncée par Xavier Darcos le jour même de son départ, les lauréats desconcours de 2010 se verraient imposer un dispositif de formation qui ferait passer leur obligation deservice à deux tiers de leur horaire, au lieu de 40 % aujourd’hui, ne laissant plus assez de temps pour uneformation professionnelle sérieuse.

La qualité de la formation des maîtres est une condition décisive de la réussite des élèves à l’école, aucollège et au lycée et, au bout du compte, un élément déterminant du développement de la société auxplans économique, scientifique, culturel et humain. C’est pourquoi nous nous adressons au gouvernementde la façon la plus solennelle. Il ne peut pas avoir raison contre tous, il doit entendre les griefs des partiesprenantes à l’égard de son projet. Il est encore temps de préserver l’avenir : nous appelons le nouveauministre à suspendre durablement la publication des projets de décrets.

De plus, il doit garantir, mieux que ne le fait la circulaire Hetzel du 5 juin, qu’aucun étudiant ne sera léséen 2009-2010. Il doit maintenir le bénéfice des conditions actuelles de la formation pour les lauréats de2010. Il doit préserver les moyens donnés aux IUFM.

Nous lui demandons enfin de réunir les conditions d’authentiques négociations avec toutes les partiesprenantes.

En entendant ces demandes, le gouvernement ferait preuve de sagesse et d’esprit de responsabilité. Ilcontribuerait à rendre possible une rentrée universitaire et scolaire dans un climat apaisé.


30 Juin 2009


Coordinations nationales :
- Coordination Nationale Formation Des Enseignants (CNFDE)
- Coordination Nationale des Universités (CNU)

Organisations syndicales de l’éducation nationale et de l’université :
- FSU
- SNUIPP-FSU (enseignants de l’école primaire)
- SNES-FSU (enseignement secondaire)
- SNESUP-FSU (enseignement supérieur)
- SNEP-FSU (éducation physique)
- SNUEP-FSU (enseignement professionnel)
- SNPI-FSU (inspecteurs de l’éducation nationale)
- FNEC-FP FO
- SNUDI-FO (enseignants de l’école primaire)
- SNFOLC (enseignement secondaire)
- SNPREES-FO (enseignement supérieur et recherche)
- CGT-Éduc’action (enseignement primaire et secondaire)
- FERC Sup (enseignement supérieur)
- FERC-CGT (recherche et culture)
- SNPEFP-CGT (enseignement et formation privés)
- SUD-Éducation

Mouvements et collectifs :
- Sauvons la Recherche (SLR)
- Sauvons l’Université (SLU)
- Association pour la Taxation des Transactions pour l’Aide aux Citoyens (ATTAC) commission éducation
- Appel des appels

Conférences :
- Conférence des Doyens et Directeurs des UFR de Lettres, Langues, Arts, SHS (CDUL)

Associations de parents d’élèves :
- Fédération des Conseils de Parents d’Élèves des Écoles Publiques (FCPE)

Associations et collectifs de spécialistes, sociétés savantes :
- Société Mathématique de France (SMF)
- Commission Française sur l’Enseignement de Mathématiques (CFEM)
- Association des Professeurs de Mathématiques de l’Enseignement Public (APMEP)
- Association pour la Recherche en Didactique des Mathématiques (ARDM)
- Commission Permanente des IREM pour l’Enseignement Élémentaire (COPIRELEM)
- Société Française de Statistique (SfdS)
- Société de Mathématiques Appliquées et Industrielles (SMAI)
- Société française de Physique
- Collectif national des responsables de préparation au CAPES et à l’agrégation de SVT
- Association pour la Recherche en Didactique des Sciences et des Techniques (ARDIST)
- Association Française des Enseignants de Français (AFEF)
- Association Internationale pour la Recherche en Didactique du Français (AIRDF), section française
- Collectif Promotion du Français et des Lettres
- Association des Sciences du Langage (ASL)
- Société Française Shakespeare (SFS)
- Association Française des Études Américaines (AFEA)
- Association des Professeurs de Langues Vivantes (APLV)
- Fédération Nationale des Associations d’Italianistes du Second degré (FNAI)
- Société des Anglicistes de l’Enseignement Supérieur (SAES)
- Association des Germanistes de l’Enseignement Supérieur (AGES)
- Jury du CAPES d’Espagnol, à l’unanimité
- Société des Italianistes de l’EnseignementSupérieur (SIES)
- Association Française des Catalanistes (AFC)
- Association Française des Russisants (AFR)
- Société Française des Études Japonaises (SFEJ)
- Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales (APSES)
- Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie (APHG)
- Société des Professeurs d’Histoire Ancienne de l’Université (SOPHAU)
- Société des Historiens Médiévistes de l’Enseignement Supérieur Public (SHMESP)
- Association des Professeurs de Musique et de musicologie de l’Enseignement Supérieur (APMESU)
- Association des Enseignants et Chercheurs en Sciences de l’Éducation (AECSE)
- Association Française d’Éducation Comparée et des Échanges (AFDECE)

Associations professionnelles :
- Fédération Nationale des Associations de Maîtres E (FNAME)
- Fédération Nationale des Rééducateurs de l’Éducation Nationale (FNAREN)
- Association Générale des Enseignants des Écoles et classes Maternelles publiques (AGEEM)

Mouvements pédagogiques et d’éducation populaire :
- Ligue de l’Enseignement
- CRAP-Cahiers pédagogiques
- Institut Coopératif de l’École Moderne-Pédagogie Freinet (ICEM)
- Groupe Français d’Éducation Nouvelle (GFEN)
- Collectif des Équipes de Pédagogie Institutionnelle (CEÉPI)

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Mercredi 24 juin 2009
Luc Chatel ministre de l'Education Nationale. C'est un aveu.

L'Education n'est pas la priorité de ce gouvernement.
Mais qui y croyait encore ?

On a remplacé un ministre qui connaissait la maison (enfin partiellement, il connaissait essentiellement les lycées élitistes squattés par les membres de la société des agrégés, et beaucoup moins bien les écoles maternelles !) par un communicant.

La droite possédait pourtant en la personne de Benoist Apparu quelqu'un qui propose des idées intéressantes...

On a préféré les talents de communication aux idées.
Au moins, Luc Chatel parviendra peut-être à rétablir le dialogue rompu par son prédécesseurs. Il parviendra aussi peut-être à faire oublier les coupes de moyens.

Habileté exigée. Parlons, débattons de la burqua plutôt que de pédagogie. C'est moins risqué et les solutions sont moins coûteuses.

Xavier Darcos n'aura toutefois pas manqué sa sortie en savonnant la planche pour son successeur. L'annonce des 16000 postes supprimés en 2010 le jour du remaniement confirme ce qu'on pensait : Darcos a subi plus que soutenu cette politique de restriction.

Un ancien membre du parti républicain et de "démocratie libérale" aura sans doute moins de scrupules...

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Dimanche 21 juin 2009
Et si l'on (re)découvrait les écrits et propos de Gustave Monod. Ils datent certes de plus de soixante ans mais ont-ils vraiment perdu de leur actualité ? de leur côté novateur ? révolutionnaire ?
Merci à Suzanne Citron de me les avoir fait découvrir.


Un enseignement secondaire qui accueille tous les adolescents de 12 à 18 ans, centré sur la transmission de la culture,
le développement de chacun et la formation à la démocratie
Gustave Monod
Circulaire du 20 août 1945


Il s'agit toujours d'élever à l'Humanité, comme disait Comte, c'est-à-dire de développer en chacun tout ce qui peut faire de lui un homme éclairé, capable de se dégager de sa profession, de son parti ou de sa secte, pour juger librement son temps et le juger à la lumière des leçons du passé, aussi bien que des exigences de l'avenir.

Libérer en chacun toutes les forces cachées
L'enseignement du second degré doit être profondément et largement - pour tous les enfants qui en sont capables - un enseignement de culture. Mais il doit être autre chose encore. Dans la pensée des réformateurs, il doit grouper progressivement tous les enfants et tous les adolescents, garçons et filles de 12 à 18 ans. Et c'est ici qu'est la nouveauté et l'intention profondément démocratique et sociale de la réforme. Il s'agit certes de « faire des hommes », mais l'expérience a montré que cette formule simpliste conduisait à une pédagogie simpliste qui manquait son but. En fait, nous avons affaire à une immense diversité de caractères et de tempéraments, exigeant une diversité de traitements et de méthodes. L'uniformité de nos formules nous a conduits à laisser inexploitées des richesses humaines de tout ordre, et cela pour le plus grand dommage des individus et de la société. Le désir des réformateurs est au contraire de prospecter ces richesses et de les amener au jour partout où elles se cachent. Il s'agira donc d'équiper le second degré, non pas seulement pour qu'il donne une instruction « supérieure », mais pour que, s'adressant à des élèves de 12 à 18 ans, c'est-à-dire à l'âge plastique de la formation, il soit capable de solliciter toutes les ressources de l'être individuel et de leur donner le développement qui leur convient. Il s'agira donc d'individualiser les méthodes dans des conditions telles qu'aucun enfant ne perde sa chance de devenir tout ce qu'il peut être. Tandis que l'enseignement du premier degré cherche à monter chez le petit écolier les automatismes mentaux indispensables, le second degré doit être organisé de telle manière que, à la limite, ne soient négligées aucune possibilité, aucune aptitude consciente ou inconsciente, de l'être individuel. Et c'est pour cela que l'enseignement du second degré doit accueillir tous les adolescents ; admettre les uns et rejeter les autres avant qu'ils aient atteint l'âge où se dessinent et se décident les destinées, c'est perpétuer les injustices d'autrefois et c'est nuire à la collectivité. Car il est bien évident que ce n'est pas seulement l'individu qui doit bénéficier de cet effort pour l'élever et l'enrichir, c'est aussi la société. L'enseignement du second degré, en même temps qu'il libère en chacun toutes les forces cachées, cherche à lui trouver dans la vie sociale la fonction à laquelle il est le mieux adapté. Par ses fins dernières, l'enseignement du second degré est professionnel au sens large du mot.

Cette pédagogie ne devra jamais, à aucun moment de la vie scolaire, dans n'importe quelle classe, perdre de vue qu'elle s'adresse à l'enfant que voici - à ce François ou à cette Françoise, petit être concret, complexe, divers, mais UN quand même, et qui engage dans tout acte qu'il accomplit la totalité de son être, son intelligence et son corps, sa sensibilité et ses rêves, son ardeur et sa nonchalance. La pédagogie d'où nous sortons a été une pédagogie trop analytique, enseignements spéciaux débités suivant un horaire détaillé, s'adressant à des facultés distinctes de l'enfant : une heure de calcul puis une heure de gymnastique, puis une heure de sciences d'observation, et encore une heure de morale. Et le pauvre François ou la pauvre Françoise, tiraillés en tous sens, vivent dispersés, inconnus d'euxmêmes et inconnus de leurs maîtres, dont l'un juge des muscles, l'autre des dons d'observation, le troisième de l'aptitude mathématique. Sans doute chaque discipline a ses thèmes et sollicite telle faculté plutôt qu'une autre. Mais il ne faut jamais oublier qu'une leçon de mathématiques peut susciter et doit susciter en même temps un apprentissage du goût, de l'aptitude manuelle et toujours de la volonté et du caractère, cependant qu'elle développe les facultés abstraites.

Ce souci d'atteindre l'activité de l'enfant dans ce qu'elle a de concret et d'original doit être évidemment commun à tous les maîtres. Et c'est pourquoi chacun d'eux doit être à la fois, suivant la notion platonicienne, maître de gymnastique et maître de musique, et donc toujours viser à l'harmonie de l'être.

C'est-à-dire aussi que les maîtres, puisque, malgré tout, ils sont plusieurs, doivent se concerter entre eux pour qu'effectivement soit UNE leur action sur l'enfant. Pratiquement, dans la sixième nouvelle, les professeurs se réuniront en conseil de classe, une fois par semaine, à la fois pour échanger leurs observations sur leurs élèves, et pour organiser entre eux leurs enseignements, afin qu'ils soient convergents, le point de convergence étant précisément l'enfant dans son unité et sa richesse complexe. Il est évident que la pédagogie des centres d'intérêt servira utilement cette intention. Celle-ci peut se résumer en somme dans cette formule qui paraît banale, mais qu'il faut absolument pratiquer : tout maître doit être un éducateur.

 Interventions en 1945-1946

Orientation et éducation

On interprète aujourd'hui (la fonction d’orientation) d'une manière telle que les créateurs des classes nouvelles ne la reconnaissent pas. On tend à faire de la sélection beaucoup plus que de l'orientation. La position de Langevin était bien différente. J'aime à rappeler une de ses boutades. Il nous disait : « Je voudrais apprendre à tout Français à lire son journal quotidien. » Ce qu'il voulait, c'était reconnaître chez chaque enfant les possibilités qui lui permettraient d'être un jour un homme. Les classes nouvelles étaient d'inspiration profondément humaniste. Ce mot est très usé, mais ici il prend un sens plein : pédagogie humaniste, c'est-à-dire pédagogie ayant pour but de faire surgir l'homme et de libérer son individualité de la gangue dans laquelle il est engagé.
Je parle ici d'expérience. Au cours de ma vie, j'ai été mêlé à la grande foule, car, pendant les quatre années de la guerre de 1914, j'ai été soldat de deuxième classe, c'est-à-dire tout proche du plus humble. C'est la plus profonde expérience humaine que j'aie eu à traverser. Ce qui en résulte en moi, c'est, pour la foule des hommes, un sentiment de grande admiration. J'ai trouvé parmi mes camarades de section des trésors de coeur, de 4 Gustave Monod – « Un enseignement secondaire qui accueille tous les adolescents de 12 à 18 ans… » caractère, d'intelligence aussi, que les études primaires n'avaient pas mises à jour et que les circonstances de la guerre révélaient au fur et à mesure. J'ai le culte de l'homme : ce qu'il a fait, ce dont il a enrichi notre patrimoine, ce que les êtres les plus simples ont souffert, c'est ce qui nous console de toute misère. J'aspire donc, et nous voilà bien loin des techniciens actuels, à une pédagogie qui irait au-devant des possibilités humaines que chacun porte en soi et qui les mettrait à nu, ou plutôt je rêve d'une pédagogie qui donnerait à chacun la possibilité de s'élever. Telle est la pédagogie des classes nouvelles.
L'orientation y joue son rôle, car elle devrait être l'instrument révélateur de ces richesses. La société que nous voudrions fonder est une société d'hommes libres et je prends le mot homme au sens le plus plein. Lorsque les philosophes parlent de la « République des Fins » l'expression paraît pédante ; en réalité elle est pleine de sens et devrait servir de guide. La république que nous voulons est celle dans laquelle chacun est considéré comme une fin, c'est-à-dire comme une valeur en soi. Cela n'empêche pas que l'on développe les qualités spéciales qui pourront faire éventuellement de tel ou tel un spécialiste éminent dans la technique ou dans la science. Il ne faut certes pas séparer les deux opérations. Il se peut que la découverte de la spécialisation aille de pair avec la découverte des qualités humaines profondes de chacun, et c'est ce qui se produit d'ailleurs. Il suffit qu'au cours de l'initiation à la science ou à la technique on fasse voir à l'enfant la place où il va s'insérer dans la société. On lui donne la vision de l'ensemble et par conséquent on lui révèle la collaboration qu'il apporte au tout. Il n'en reste pas moins que cette vision d'ensemble est l'essentiel de l'action pédagogique et qu'elle est trop négligée quand on enferme l'enfant dès 14 ou 15 ans dans une spécialité sans horizon. La pédagogie des classes nouvelles est d'abord largement humaniste et secondairement technicienne. Ce n'est pas le chemin qu'on suit actuellement lorsqu'on parle d'orientation.

L'instruction civique

 Les promoteurs des classes nouvelles ont tous été d'accord pour transformer leur classe en une petite démocratie qui avait son ordre, son gouvernement et surtout son esprit. Des responsabilités diverses concernant l'ornementation, la propreté, la présentation générale de la classe étaient en charge de quelques-uns qui pouvaient encourir des blâmes ou des éloges de la part de la collectivité. Mais je touche là un problème beaucoup plus profond : il ne s'agit pas seulement de faire de la classe une démocratie en modèle réduit, il s'agit d'en faire un prototype de ce que pourrait être l'état social futur. 5 Gustave Monod – « Un enseignement secondaire qui accueille tous les adolescents de 12 à 18 ans… »
Nous n’avons pas assez souligné la nécessaire participation des élèves à l'enseignement. Cette participation peut se traduire en maintes occasions par un dialogue qui s'institue entre les membres de la communauté scolaire. D'autre part, elle permet de rejoindre les intérêts profonds, les intérêts réels de l'enfant à l'âge qui est le sien. Par conséquent il faut faire dans l'enseignement une perpétuelle « mise à jour» - pour appliquer à l'École un mot qui est très employé pour l'Église. Mais j'irai plus loin. Il faut à tout prix que le nouvel organisme scolaire soit imprégné d'un esprit démocratique, c'est-à-dire que la liberté, l'égalité et la fraternité n'y soient pas lettres mortes, mais choses vivantes, pour que les enfants sentent qu'ils appartiennent à une société juste. Il faut qu'ils s'aperçoivent que le recrutement de leur classe se fait suivant des règles qui ne tiennent aucun compte de la position sociale ou matérielle des familles, que seuls le mérite ou éventuellement le talent comptent. Mais ceci ne peut se faire dans le régime économique actuel. Tant qu'il n'existera pas une égalité économique au départ de la vie de l'enfant, tout ce qu'on lui dira de la démocratie et de l'organisation démocratique de l'école lui apparaîtra comme verbal et superficiel. C'est dire que la Réforme de l'Enseignement, telle que l'amorçaient les classes nouvelles, est liée à une véritable révolution dans les institutions du pays. L'enfant sent profondément cela du fait que sa famille appartient visiblement à telle ou telle classe de la société.


Culture générale et recherche des aptitudes

Cultiver, c'est d'abord éveiller et animer l'esprit. Or, sur ce point, l'expérience des méthodes actives est fort instructive. Dans les sixièmes nouvelles, ces méthodes atteignent effectivement leur but qui est d'engager, dans la tâche scolaire, toute la force de l'enfant, toute l'ardeur qu'il apporte à vivre. L'intelligence et la curiosité en reçoivent un élan singulier. La vie scolaire avec ses classes, ses études, ses exercices, n'apparaît plus à l'enfant comme étrangère à sa vie personnelle ; elle s'y intègre au contraire profondément. Et c'est un fait que, dans les sixièmes nouvelles, la quasitotalité des élèves participe à l'effort commun : certains maîtres témoignent qu'ils voient diminuer le nombre de ceux qui ne « suivent » pas ou qui suivent comme à regret dans la paresse et l'ennui. L'ennui, l'inertie mentale, ennemis de toute culture, toute Réforme de l'Enseignement devrait avoir pour objet de les chasser de l'existence scolaire. Car ce qui est dit ici des premières années d'études s'applique évidemment à toute la scolarité. On pense ici aux grands élèves qui, brusquement après la puberté, découvrent la vie et ses problèmes. Mais ce sont les problèmes du présent ; c'est la vie sociale et politique avec ses crises actuelles ; c'est la vie scientifique et technique dans la nouveauté de ses découvertes et de ses expériences. Ce serait un grave défaut de l'enseignement d'apparaître alors comme abstrait du réel, et détaché de cette actualité. L'éducation de son esprit doit être sentie par l'adolescent comme un apprentissage effectif à la vie qu'il pressent. L'élève se détournera de ses études, il les trouvera périmées et sans goût, si la science dont on lui parle - histoire ou physique - ne le renseigne pas, comme dit M. Lucien Febvre, sur « les origines du présent », ou ne le fait pas pénétrer dans les laboratoires et les ateliers où s'élaborent les découvertes prochaines. Actualiser l'enseignement, c'est-à-dire, de toute manière, le mettre en rapport avec les intérêts actuels de l'élève, telle est une des conditions de toute culture.
Mais la culture est encore - et surtout peut-être - éducation du jugement, apprentissage des méthodes qui conduisent au vrai, et finalement autonomie de la pensée.
Donc, parallèlement à l'enseignement spécialisé que pourra recevoir un élève du second degré, on instituera toujours un « enseignement général » dégagé de tout esprit utilitaire ou professionnel et qui cherchera à sauvegarder et à développer l'humanité en chaque individu. (...)
Toutes les aptitudes de l'enfant devront être recherchées et mises à l'épreuve. Sur ce point, le second degré se distingue de l'ancien secondaire. Ce dernier ne prétendait discerner et cultiver que les aptitudes intellectuelles : les élèves étaient classés cri « forts, moyens et faibles » suivant leurs succès en latin ou en mathématiques. Ainsi se constituaient souvent des groupes compacts d'élèves médiocres ou mauvais, poids mort, masse inerte que la vie scolaire traînait avec soi, en pure perte pour tout le monde. Erreur pédagogique ; erreur sociale aussi : car on frémit de penser à toutes les richesses, tous les talents qui sont restés ainsi inexploités par pur préjugé intellectualiste de la valeur humaine. L'horizon du second degré doit être plus large. La formation humaine vers laquelle on tend doit avoir pour objet de développer en chaque individu tout ce dont il est capable : aptitudes artistiques ou manuelles, aptitudes du caractère et de la volonté, au même titre que les aptitudes à l'abstraction. C'est la valeur propre à chacun qui doit être prospectée et exploitée. De ce point de vue, chaque établissement du second degré devra comporter une diversité de sections aussi nombreuses que le permettront les possibilités locales. Et c'est l'enseignement technique qui, dans ces conditions, doit prendre une très large extension. Car l'ancien système, non seulement ne lui donnait pas la place exigée par d'immenses besoins économiques, mais méconnaissait la complexité psychologique de l'aptitude technique : la pédagogie de l'avenir devra exploiter à fond l'étroite solidarité de la main et du cerveau, la dextérité de l'une entraînant souvent le développement de l'autre. Il y a là des possibilités de culture insuffisamment utilisées et qui justifieraient, sur le plan de la formation technique, une certaine variété de formules. C'est ainsi que la Commission Langevin a été amenée à distinguer un technique théorique, un technique professionnel, et un technique pratique... Il est clair que l'identification des aptitudes ne peut se faire qu'à certaines conditions précises : groupements restreints d'élèves permettant une observation très individualisée de chaque cas - mais aussi initiation des maîtres à la connaissance psychologique de l'enfant.
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Mercredi 17 juin 2009
Pour une école du futur - Du neuf et du courage

C'est le titre du livre que Pierre Frackowiak fera paraître prochaînement aux chroniques sociales.

Les questions de l’éducation apparaissent régulièrement sur le devant de la scène politique. Les réformes en cours interrogent sur les fonctions de l’école, sur la démocratisation de l’éducation de la maternelle à l’enseignement supérieur…
Deux ambitions pour ce livre : - mettre en scène un projet démocratique neuf pour l’enseignement obligatoire ; - proposer des perspectives conçues pour inscrire la réforme de l’école dans la durée.
Dans un premier chapitre, l’auteur analyse sans concession la situation actuelle de l’école, décrit les problèmes les plus importants, en dénonçant les manques de courage et les obstacles au changement.
Dans le deuxième chapitre, l’auteur décrit les clés du changement, les fondamentaux pour l’école du futur : un service public de la petite enfance, l’école fondamentale de 3 à 16 ans, l’école au coeur de la cité, de nouveaux programmes, la redéfinition des missions des enseignants.
Dans un troisième chapitre, l’auteur trace les perspectives pour inscrire la réforme dans la durée nécessaire : la société de la connaissance et de la communication, l’éducation tout au long de la vie, une pédagogie de la réforme et un plaidoyer pour la pédagogie.
La dernière partie est un recueil de textes thématiques, tribunes et analyses. Ces textes, dont certains ont été présentés et commentés dans les médias nationaux, (et sur ce blog !) méritaient d’être recueillis et publiés dans un livre
Un livre qui bouscule quelques certitudes, qui dérange, qui fait réfléchir et qui donne de l’espoir.
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Jeudi 11 juin 2009
C'est par le biais d'RTL que les chefs d'établissement ont appris avant-hier la mise en place d'un nouveau brevet des collèges pour juin 2010. (Décidemment, la rue de Grenelle a des problèmes de communication en ce moment) Ce dernier comportera trois épreuves supplémentaires : une épreuve écrite de sciences et technologie et deux épreuves orales sur l'histoire des arts et une langue vivante.

- Etonnements -

On peut s'étonner du choix de multiplier les épreuves. Car de nouvelles épreuves engendrent un surcoût important. Alors qu'on rogne sur les crédits alloués aux temps d'apprentissage ( le non remplacement d'un enseignant sur deux partant en retraite !) on n'hésite pas à prévoir une dépense supplémentaire importante pour le temps d'évaluation et de sélection.
Faut-il vraiment s'en étonner ? Il s'agit là d'un vrai choix "politique".

Autre raison de mon étonnement : l'épreuve d'histoire des arts. Si les programmes des matières artistiques changent bien en 3ème (comme dans les trois autres niveaux) l'année prochaine, il ne changera en histoire qu'en septembre 2012. Comment évaluer les élèves de 3ème en 2010 sur un programme dont ils n'auront pas eu la totalité de l'enseignement ?

- Heureuse surprise -

Les deux nouvelles épreuves orales portent sur un contrôle continu, mais un vrai, pas du style de celui qui a tout de même été conservé et qui consiste à additionner les notes en tout genre obtenues durant l'année, mais un contrôle des tâches réalisées pendant plusieurs mois à partir d'un port-folio ou plus certainement à partir d'un "chef d'oeuvre". C'est une première au collège et elle fera hurler les conservateurs (la FSU a commencé). D'autant plus que pour l'épreuve d'histoire des arts, il s'agira d'un travail interdisciplinaire.
Mais dans ce cas aussi, on peut s'étonner de la précipitation de sa mise en oeuvre. Le brevet des collèges doit sanctionner les quatre années dudit collège. Aussi, il me paraît difficile d'exiger des élèves de  3ème de l'année prochaine de maîtriser un tel exercice pour lequel ils n'auront été préparés qu'un an (d'autant plus que les idd qui auraient pu les y aider auparavant sont en voie d'extinction dans de nombreux collèges.)

- Déception -

On continuera à prendre en compte la note de vie scolaire, cette merveilleuse invention de de Robien qui, comme chacun le sait, est parvenue à supprimer la violence et les incivilités des collèges...

Mise à jour du 18 juin
Il y aura, selon le café pédagogique et le se-unsa, finalement beaucoup moins de nouveautés et (point positif) un calendrier plus raisonnable.
Par contre, on est bien loin des projets d'un brevet qui aurait vraiment valider l'acquistion d'un socle de connaissances et decompétences.
Le ministère a semble-t-il entendu les sirènes des conservateurs de tout poil. On aurait pu le présager...
Pour en savoir plus :
- http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2009/06/18062009Accueil.aspx
- http://www.se-unsa.org/spip.php?article1706
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"Qui ne continue pas à apprendre est indigne d'enseigner" (Gaston Bachelard)

"L'éducation ne consiste pas à gaver mais à donner faim" (Michel Tardy)

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