Le président de la république a
annoncé hier une réforme du recrutement et de la formation des enseignants qui se résume en 3 points :
- des concours intégrés au cursus universitaire
- un recrutement à bac + 5
- la suppression de l'année de stage remplacée par un compagnonnage.
Pour le second degré l'idée d'un master professionnel n'est pas forcément une mauvaise idée. L'étudiant s'engagerait dès la première année vers la voie de l'enseignement. Cela éviterait par
exemple de voir de futurs profs d'histoire-géo n'étudier qu'une seule des disciplines. Un apport didactique et pédagogique pourrait être enseigné parallèlement aux contenus disciplinaires, dès le
début du cursus, ce qui permettrait de se construire des véritables compétences professionnelles. Mais on peut craindre que ce contenu-là soit réduit à une portion congrue.
Le danger d'une telle réforme touche les futurs collègues du premier degré. Leur spécificité c'est tout de même la polyvalence. Or, on ne peut pas dire que la polyvalence soit le point fort de
l'université française ! Pour reprendre l'exemple de l'histoire et de la géographie, à Lille les deux disciplines ne sont même pas enseignées dans la même université !
On peut donc sérieusement craindre une nouvelle hiérarchisation des enseignants - qui contentera ceux qui n'ont jamais accepté une formation commune (pourtant très réduite) entre les PE et PLC,
ni que les premiers puissent porter le titre de "professeur".
Ma crainte va surtout aux enseignants de maternelle. Que va bien pouvoir apporter l'université dans ce domaine ? Ne se dirige-t-on pas vers un statut inférieur accordé à ceux et celles qui
enseignent à ce niveau (voire une suppression de l'école maternelle proprement dite ?). On peut le craindre. On a déjà entendu des recteurs et de directeurs de cabinet (qui n'ont sans doute plus
jamais mis les pieds dans une classe de maternelle depuis leurs cinq ans) affirmer qu"il n'y a pas besoin d'un bac +3 pour surveiller la sieste" un bac + 5, vous imaginez
!
Ce nouveau cursus associé à la suppression de l'année de stage marque surtout la fin d'une formation professionnelle. A une demande de plus et de mieux de formation, on répond par la suppression
de celle-ci !
Suppression également de l'année de stage : désormais, le collègue entrant dans la carrière commence à temps complet (belle économie budgétaire au passage qui compensera largement
l'augmentation du traitement annoncé !).
Quant à l'idée du compagnonnage, elle valide une vision bien restrictive de notre métier. Elle créera surtout une grande inégalité envers les collègues débutants en fonction de la qualité de
l'accompagnement offert et des "recettes" proposées (j'ai quelques souvenirs de maîtres de stage qui me laissent perplexe). Surtout, chaque prof débutant n'entendra donc qu'une seule
parole, ne découvrira qu'un seul exemple de pratique ; voilà qui allègera sérieusement sa formation "professionnelle". Il y a quelques années un groupe de stagiaires me faisait part de son
inquiétude d'entendre sur un même sujet trois discours différents voire opposés au sein de la formation entre le maître de stage, le formateur discipinaire et le formateur transversal; je leur
faisais remarquer que c'était là au contraire une richesse puisqu'ils pourraient faire sinon une synthèse ou au moins des choix en fonction de leur personnalité, leurs valeurs, ou
leurs élèves (cette question infirmait d'ailleurs sérieusement l'accusation de "formatage" faite parfois à la formation iufm). Franchement, un collègue débutant qui aurait comme
"compagnon" Lofi ou Victor ne gagnerait-il pas à bénéficier des apports de Lofi ET de Victor ?
Cette proposition isole également le prof débutant qui ne peut plus échanger avec ses pairs. Or c'était là un aspect de la formation vécu très positivement par les collègues stagiaires.
Enfin ne s'appuyer que sur les "anciens" pour former les jeunes, c'est s'interdire d'apporter aux seconds des pratiques nouvelles, en se contentant de faire passer ce qui se fait déjà - d'autant
plus que la formation continue est quasiment enterrée depuis Allègre.
Darcos et Sarkozy auront complété son oeuvre en enterrant quant à eux la formation initiale, pour des raisons essentiellement budgétaires et une vision traditionnaliste de l'enseignant dont les
qualités reposeraient sur un don "inné" qu'il suffirait d 'accompagner plutôt que sur de véritables compétences professionnelles à acquérir.
illustration de M. Chalvin tirée de Laura Jaffré "Tout ce que vous pensez des profs .. et ce qu'ils pensent de vous" ed. de la Martinière
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L'ouvrage que Ph. Meirieu et P. Frackowiak viennent de publier aux éditions de
l'Aube nous offre des pistes pour surmonter les conflits idéologiques
Ce n'est pas qu'ils ne l'aient pas fait, mais c'est s'aveugler sur le fait qu'ils aient été et
sont encore très minoritaires malgré la propagande faite pour faire croire à leur omnipotence.
Si la droite, jusque dans les années 75, a été plutôt progressiste en matière d'éducation (le
collège unique, la même scolarité pour tous jusqu'à 16 ans, une ouverture vers une pédagogie moderne, c'est elle, malgré l'opposition constante des syndicats et de la majorité des personnels), ce
n'est pas par humanisme, mais par nécessité économique d'une élévation générale du niveau de formation. Les conditions ayant changé, elle tient à réserver à ses chères têtes blondes, les emplois
de fort et très haut niveau, en nombre forcément limité. Quant aux autres, la plèbe, peu importe, pourvu qu'ils se tiennent tranquilles à coup de TF1, de tiercé, de loto ou de foot.
La gauche n'a su que virer Savary qui donnait un espoir aux enseignants progressistes. La
perspective électoraliste d'un revirement de vote à gauche tétanisait les éléphants, d'où les Chevènement, les Allègre et les Lang, fossoyeurs d'un renouveau pédagogique. Cela ne leur d'ailleurs
pas porté chance puisque nombre d'enseignants ont voté Bayrou, ce grand homme de gauche-sic qui s'était endormi dans les bras du SNES.
"Plutôt que de prendre le risque de
changer une société qui les a fait entrer dans la petite-bourgeoisie, les enseignants ont choisi de se préoccuper de "pédagogie"."
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