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Vendredi 27 janvier 2006

Un peu partout, les IDD sont remis en cause au profit d'heures de soutien traditionnel. Ci-dessous l'argumentaire que nous avions avancé dans mon établissement pour les maintenir ...

Le projet de remplacer les heures d’Itinéraire de découverte par des heures de soutien aux élèves en difficulté ne nous apparaît pas très logique.  

En effet, nous pensons que les élèves en difficulté n’ont pas besoin de « travailler plus » mais de « travailler autrement ». Or, c’est bien ce que proposent les IDD par la mise en place d’une pédagogie du projet ... et d’une pédagogie de la réussite susceptibles de (re)motiver les élèves en échec dans les heures de cours traditionnelles.  

D’autre part, les élèves ainsi privés d’IDD correspondront sans doute aux élèves qui se destinent au lycée professionnel après la classe de 3ème 

Or, si dans les lycées généraux, les TPE ont été sérieusement remis en question avec la décision de ne plus les proposer en Terminale, les PPCP (Projet Pluridisciplinaires à Caractère Professionnel) eux ne sont pas remis en cause dans les LP.  

Or, les IDD constituent bien un premier échelon à ce type de travaux. Ainsi, ne pas proposer d’IDD aux élèves en difficulté, c’est priver de préparation les élèves qui seront de fait les plus concernés par ce type de démarche.  

Enfin, remettre en cause les IDD pour les élèves en difficulté, c’est remettre en cause le bien fondé des IDD eux-mêmes.  

Ce serait donc remettre aussi en cause tout le travail effectué depuis quatre ans par l’équipe pédagogique qui s’est beaucoup investie dans cette démarche et qui a toujours cherché à l’améliorer notamment en ce qui concerne les élèves en échec.  

Il est vrai qu’une telle décision ne serait pas une exception dans l’académie mais nous le regrettons fortement et demandons donc le maintien du dispositif tel qu’il fonctionne.  

par lofi publié dans : Education
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Jeudi 26 janvier 2006
Trouvé sur le site du Crap, ce petit conte (mais est-ce vraiment un conte ? Il me semble que ce genre littéraire doit faire rêver, non ?...)

Ou la chronique des mesures prises par un ministre de l’Éducation nationale
« En 1593, le bruit courut que les dents étant tombées à un enfant de Silésie, âgé de sept ans, il lui en était venu une d’or à la place d’une de ses grosses dents. » Un professeur en médecine, un historien et quelques autres grands hommes rédigèrent de savants rapports et quelques doctes répliques. « Quand un orfèvre l’eût examinée, il se trouva que c’était une feuille d’or appliquée à la dent, avec beaucoup d’adresse ; mais on commença par faire des livres, et puis on consulta l’orfèvre. » Cette anecdote racontée par Fontenelle [1] a inspiré à Pierre Madiot ce petit conte pittoresque.
jeudi 26 janvier 2006

Vers la fin de l’an 2005, le bruit courut que les enfants que l’école n’avait pas réussi à instruire, et qui rejoignaient de ce fait les rangs de la racaille, avaient été victimes de la « méthode globale ». D’éminents professeurs avaient, depuis longtemps, disputé sur la question de savoir comment l’on devait apprendre à lire. La querelle reprit de plus belle lorsque le ministre décréta que, désormais, les maîtres se plieraient à la règle qui veut qu’on lise de gauche à droite et de haut en bas en déchiffrant des mots composés de lettres et de syllabes. Les partisans de la vieille école triomphèrent. Pourtant, on s’aperçut que les écoliers et leurs maîtres ne lisaient pas d’une autre façon, mais que, pour y parvenir, ils empruntaient les multiples chemins menant du mot à la lettre et de la lettre au mot. Quelques inspecteurs généraux fourbirent alors une circulaire qui, faute de terrasser de supposés errements nés des chimères de « l’école nouvelle », jetait le doute sur les méthodes de tous les maîtres.

Les méthodes de lecture étant de toute évidence impuissantes, en elles-mêmes, à faire que tous les élèves comprennent un jour Verlaine, le ministre proposa d’extraire de l’école ceux qui s’y montrent rétifs, avant qu’ils n’en sortent d’eux-mêmes pour brûler des voitures. Les nostalgiques de la vieille école triomphaient encore. Enfin se trouvaient écartés dès l’âge de quatorze ans ceux qui faisaient le désespoir de l’arrière-garde des enseignants élitistes. Enfin on enterrait le mythe tenace du « collège unique » et le postulat d’éducabilité. Mais on se rendit compte que cette mesure entrait en contradiction avec le grand projet de garantir à tous les élèves de France un « socle commun de connaissances et de compétences ». Et les chefs d’entreprise, peu pressés d’embaucher des apprentis rebelles, accueillirent cette proposition sans aucun enthousiasme...

Faute de pouvoir véritablement désamorcer la violence à l’extérieur et à l’intérieur de ses murs, l’école se vit donc enjointe de sanctionner davantage les élèves qui ne s’y intégraient pas assez docilement. Grâce à l’invention d’une « note de vie scolaire », les mauvais résultats de ces derniers se trouveraient en effet aggravés afin de mieux souligner leur faute impardonnable de ne pas accéder volontiers à un savoir qui leur est étranger. Cette mesure ne pouvant certes garantir un apaisement du climat scolaire, il fut envisagé d’attribuer à chaque établissement un « policier référent » afin que les enseignements puissent pleinement bénéficier de la sérénité de l’ordre policier. Enfin, le ministre prépara une circulaire encourageant les enseignants à en référer autant que de besoin à la justice dont l’inflexibilité était de nature à pallier l’affaiblissement de leur autorité...

Grâce à ces dispositions pleines de bon sens, le ministre entendait restaurer un modèle d’école résolument centré sur un savoir consolidé par la présence manifeste de l’ordre. Dans le même temps, il fut décidé d’ôter aux enseignants les occasions de se disperser dans des activités éducatives et de perdre leur temps dans des entreprises de réflexion pédagogique. Ces velléités oiseuses furent jugées coûteuses et de nature à alimenter l’illusion selon laquelle les élèves comme les enseignants avaient autre chose à faire qu’à décliner modestement le B-A BA de leurs disciplines.

Une école rentable étant une école qui produit des diplômés et de la main d’œuvre dociles de la manière la plus économe, il fut dès lors possible d’envisager de diminuer notablement le recrutement de nouveaux enseignants et de reconsidérer les moyens accordés aux zones d’éducation prioritaire.
Enfin, une école gouvernable étant une école où les clans s’épuisent en querelles intestines, le ministre décida de ressortir le spectre de l’allègement des programmes et l’épouvantail de la bivalence des professeurs de collège.
Les élèves et les parents, les partisans de l’école d’antan et ceux de l’école d’aujourd’hui en restèrent cois, attendant que tombent les annonces suivantes. Puis ils refluèrent en désordre comme des légions égarées en rase campagne par des ordres contradictoires et par des renversements d’alliance aléatoires.

Sautant de mesure en mesure, le ministre allait ainsi, persuadé qu’on peut toujours ajouter de la vérité à celle qui est vraie et en donner à celles qui sont fausses [2] , pourvu que ceux qui peuplaient l’institution dont il avait la charge fussent ainsi occupés à démêler le sens de ses intentions plutôt qu’à les contrecarrer.

Pierre Madiot, professeur à la retraite.



[1] « La dent d’or » Histoire des oracles (1686)

[2] D’après Fontenelle.

par lofi publié dans : Education
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Lundi 23 janvier 2006

à propos de la liste des 164 collèges retenus "Ambition réussite" qui circule actuellement, j'ai reçu aujourd'hui cette analyse interessante... (Lofi)

164 collèges auxquels devraient s'ajouter 56 autres "choisis" par les recteurs d'académie (une variable d'ajustement pour faire taire les établissement qui gueuleraient trop ?)

Le choix de ces établissements est un véritable point d'interrogation (du genre 3 collèges à Nice, 1 seul à Saint-Denis, aucun à Vitry-sur-Seine... il est vrai que ça fait longtemps que je ne suis pas allée à Nice !)

 Au-delà de cette liste, les mesures de Robien oscillent entre un élitisme à vomir, une hypocrisie flagrante, le sacrifice des pauvres moyens donnés aux quartiers populaires, et beaucoup de vent...

 Pour les collèges "Ambition Réussite", les "moyens considérables" annoncés se réduisent à peu de chose : les 1000 enseignants supplémentaires (il y a 64 500 enseignants de ZEP du 2nd degré et 57 000 du 1er degré... vu qu'il est prévu de faire sortir un grand nombre d'établissements du système ZEP, aucun doute que les 1000 postes viendront de la supression de postes dans ces établissements!), les 3000 assitants pédagogiques (statut plus précaire que les MI-SE, moins cher payé, et de toutes façons déjà prévus). Quant à la logique générale, c'est donner un peu plus aux plus "méritants" des endroits les plus défavorisés, et moins à tous les autres.

 Pour les élèves "méritants", "motivés" : des bourses (sur quels crédits ?), des étudiants des grandes écoles pour les "tutorer", la possibilité d'aller dans les lycées d'excellence... Pour les autres : la fillière vers une orientation professionnelle dès la 4ème, le "socle commun", les groupes de niveau, la culpabilisation, et moins de soutien, d'effectifs allégés, de dédoublements, des lycées poubelles et l'apprentissage à 15 ans (14 dès qu'ils auront modifié le code du travail...)...

 Au passage, quasiment tout était déjà annoncé dans le plan de cohésion sociale de Borloo de septembre 2004 ou dans la loi d'orientation... En dehors de l'enrobage puant d'idées bien rétrogrades, ce sont avant tout des mesures de restrictions budgétaires : l'arrivée des DHG dans les collèges va être bien douloureuse !

 Mais à mon avis, localement, il ne sert à rien de se battre pour obtenir la "labellisation" RAR qui tient plus du mirage et du piège. Il faut refuser globalement ces mesures pour ce qu'elles sont : restrictions budgétaires, élitisme et fin de l'éducation prioritaire, et se bouger pour obtenir bien d'autres moyens...

 Un peu plus de détails ?

  --- Les moyens des RAR : quasi nada ! ---

 - Les 1000 enseignants supplémentaires (pris où ? vu la réduction drastique des postes au concours cette année : 4 000 suppressions de postes !!! ), qui auront une "lettre de mission" établie avec le chef d'établissement, dont les tâches ont l'air de pouvoir varier entre le super-prof qui vient diriger les équipes enseignantes inexpérimentées, le super-remédiateur qui vient faire les soutiens et les aides aux devoirs (afin que les jeunes collègues en poste n'aient que des heures de classe entière), le prof multi-usage qui sera à cheval entre le primaire, le collège et le lycée (tiens, il pourrait aussi faire les remplacements en interne...)

 - Les 3000 assistants pédagogiques (z'étaient déjà prévus parmi les 40 000 ou c'est un bonus ?) qui viennent prendre les heures d'aide aux devoirs et les soutiens (ils font de l'ombre aux 1 000 super-remédiateurs !)...

 - les 200 dispositifs relais, déjà prévus par la loi, mais attribués à ces collèges (chouette, ça veut dire que celui qu'on devait avoir ira ailleurs !) qui ne servent qu'à exclure les méchants élèves hors du joli collège ambition réussite.

 - la spécialité de haut niveau d'ordre culturel, sportif, scientifique ou linguistique (avec un parrainage par une institution culturelle, un centre sportif, un labo, une personnalité exceptionnelle... Sarkozy parrainant un collège d'Aulnay-sous-Bois ?) : une fillière d'élite à l'intérieur du collège ? un collège "Elf" ? en tout cas, beaucoup de paillettes qui coûtent pas cher, et qui ne risquent pas d'aider l'élève en difficulté à combler des lacunes, ni ses parents à retrouver du boulot !

 - La contractualisation, rien de bien neuf, c'était déjà prévu pour tous les bahuts, et l'évaluation annuelle c'est sans doute pour mettre les équipes au pas...

 - La stabilité des équipes : pour les "cadres" (sic), des mesures spécifiques d'avancement et de promotion, et une formation au travail partenarial et au management des équipes (le collège sera une entreprise...)! Pour les profs, des "dispositifs encourageant les enseignants à y rester au moins 5 ans" (formule hypocrite pour rappeler qu'avec le classement APV des établissements, on ne peut pas bouger avant 5 ans !)

 - Livret de compétences, Groupes de compétences et interdiction des redoublements = groupes de niveau, classes d'excellence pour les "bons" et enseignement au rabais pour les autres (pardon, enseignement du socle commun) (1)

 - études accompagnées, soit au volontariat (travail gratuit ?), assistants pédagogiques (redite) ou associations... tiens, ça serait tellement mieux, et moins cher !

 - l'enseignement de découverte professionnelle dès la 4ème = filière dès la 4ème (pas de moyens supplémentaires, c'est à la place de la LV2... tiens, voilà une évolution de carrière pour les profs d'allemand

 - un ordi pour tous, à la charge des départements (de quoi relancer les actions de Windows) parce qu'il est bien connu qu'il vaut mieux avoir un ordinateur chez soi que d'être moins nombreux par classe, ou d'avoir plus d'heures de soutien... (2)

 - déroger à la carte scolaire des lycées : ah, la jolie chose ! les mentions bien et très bien auront droit d'aller dans les lycées bien cotés, pendant que les autres resteront dans leurs lycées de quartier encore plus ghettos

 --- la relance de l'éducation prioritaire : un enterrement ! ---

 - La question de la méthode syllabique d'apprentissage de  la lecture : offensive de propagande rétrograde (d'après ce que j'ai compris, mais je maîtrise moyen la question).

 - réduire les inégalités après la classe : clubs de lecture, ateliers d'écriture, initiatives associatives, écoles ouvertes... faire en dehors de l'école ce qu'on ne donne plus à l'école les moyens de faire... rien de nouveau.

- les internats de réussite éducative : ce ne sont pas des centres fermés, ni vraiment des EREA... juste des établissements pour les élèves les plus en difficulté posant des problèmes de comportement, qui pourraient commencer un enseignement professionnel ou par apprentissage dès 14 ans... (cf loi Borloo)

 - "Objectif stage" : faciliter le lien entre les établissements scolaires et les entreprises d'un bassin d'emploi... une prolongation du lycée des métiers.

 - Réinvestir les parents dans l'éducation de leurs enfants : à part le contrat de responsabilité parentale qui vise à culpabiliser les parents des élèves en difficulté (qui s'en sortiront certainement mieux une fois qu'ils se seront fait couper les allocations, mis à l'index ou jugés !) , y'a rien d'autre que ce qui se fait déjà. Sauf qu'on aura droit à des interprètes... parce qu'il est bien connu que les mères qui ne parlent pas français - pas un mot des pères - ne s'investissent pas dans la scolarité de leurs enfants ! ça rappelle le rapport Benisti qui proclamait qu'il y avait un lien entre la délinquance et le manque de maîtrise de la langue française par les parents ! là, plus qu'un avant-goût de morale rétrograde, on a un sacré relent de racisme !

- l'accès aux formations d'excellence : pour 100 000 "méritants" de l'Education Prioritaire, 100 000 étudiants de grandes écoles pour leur vanter les mérites des circuits d'élite... les autres ? on les fera parrainer par des chômeurs ou des précaires ?

- 500 heures de propagande et de cours de morale via la radio et internet (réalisées par l'Académie des Sciences morales et politiques... vous saviez que ça existait des choses comme ça ?) "1984" d'Orwell va être mis à l'index...

- Modules de préparation aux concours administratifs : création de filières bouchées puisqu'il n'y a plus de création de postes dans la fonction publique ! IRONIE ?!!!

- Projet d'orientation : un entretien avec un COP, ou (vu qu'il n'y en a pas assez, et qu'il ne faudrait certainement pas qu'il y en ait plus) le prof principal (absolument pas formé), et (allez savoir pourquoi) une "personne issue du monde professionnel" ! ?... le chef de l'entreprise du coin ?

- une sortie vers le choix et l'excellence : pour que les élèves ne puissent pas éviter le lycée de secteur avec le choix d'options, les options seront proposées dans ces lycées d'éducation prioritaire ... très contradictoire avec le droit de dérogation des "bons" élèves des RAR...

- Augmentations des bourses au mérite (ligne budgétaire ou effet d'annonce ?). Les gamins en difficulté, eux, n'ont pas droit à une aide financière...

- formation des enseignants, stabilité des équipes, priorité de mutation : blabla et mesures déjà existantes !

 - Corps d'inspection : là, ils prévoient de recruter ! ça va dans le sens de la notation à l'investissement et le salaire au mérite... les équipes enseignantes de l'Enseignement Prioritaire, ça se surveille..., elles sont souvent les plusprêtes à se bouger !

 - Création d'un délégué ministériel à l'enseignement prioritaire : voilà qui va faire avancer les choses... ils seront contents, les gamins de mon bahut, quand je leur dirai que, certes, ils n'ont plus de soutien, qu'ils sont plus de 25 par classe... mais qu'ils ont un délégué ministériel à l'enseignement prioritaire !

 - Les 3 niveaux d'éducation prioritaires.

EP1 : les RAR

EP2 : le statu quo (c'est-à-dire le grignotage régulier desmoyens supplémentaires)

EP3 : les exclus de l'EP qui ont 3 ans pour se faire petit à petit une raison (ce n'est plus du grignotage, mais le repas intégral).

C'est l'avant-dernière mesure, mais pas la moindre : il y a 8 386 établissements du primaire et du secondaire classés aujourd'hui en ZEP ou REP (Métropole et DOM), dont 7 115 écoles, 1 100 collèges, 47 Lycées GT, 124 LP... Sur ceux-là, 220 collèges EP1 et leurs écoles (bien que rien ne soit  programmé pour elles dans les mesures)... et les autres ?

Marion

Collège Monod (Vitry-sur-Seine, ZEPPP*)

 *Zone d'Education Paraît-il Pas Prioritaire !!!

 

(1) tout dépend de ce qu'on entend par socle commun ! (Lofi)

(2) c'est tout de même positif tant les inégalités sont criantes entre els élèves possédant un ordinateur et les autres !  mais il faudra être capable de leur apprendre à l'utiliser.(Lofi)

par lofi publié dans : Education
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Lundi 23 janvier 2006

On entend dire depuis quelques temps que la politique d’éducation prioritaire a échoué ?  

Qu’est-ce qui permet de faire une telle affirmation ? Certes, les établissements classés en ZEP ou en REP continuent de connaître plus de difficultés que les autres. Mais où en seraient-ils s’il n’y avait pas eu les moyens supplémentaires apportés dans le cadre de l’éducation prioritaire ?

 

 

 

 

 

par lofi publié dans : Education
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Lundi 23 janvier 2006

La « crise des banlieues » qu’a connue notre pays durant le mois de novembre a été l’occasion, ou le prétexte, pour le gouvernement d’annoncer la fin de la scolarisation obligatoire jusqu’à 16 ans, avec la possibilité d’aller en apprentissage sous contrat de travail dès 14 ou 15 ans, ainsi qu’une nouvelle réforme des zones d’éducation prioritaires (ZEP) qui renie toute ambition de transformation progressiste véritable de notre système éducatif. Certes, il est plus que jamais nécessaire de débattre des difficultés, des modalités et des conditions de la démocratisation de notre système éducatif et de l’accès aux savoirs, ainsi que d’opérer un bilan critique des politiques menées depuis trente ans. Mais ce qui nous est proposé aujourd’hui n’a rien à voir avec cela et relève au contraire du renoncement historique à cette ambition.

Une part de l’opinion publique et du monde enseignant est sans doute favorable à la possibilité pour des adolescents, en difficulté au collège, de quitter celui-ci dès 14 ans pour aller en apprentissage. Mais s’est-on demandé quels jeunes seront concernés en priorité par une telle mesure ? Les fils de ministres, d’avocats, de médecins ou d’enseignants montreront-ils la voie en ce domaine ? Une telle mesure est bien plutôt un moyen de délester le service public d’éducation des questions que lui posent la difficulté et la relégation scolaires et sociales, tout en brandissant l’argument du réalisme et de la prise en considération de la situation difficile qui est effectivement celle de trop nombreux jeunes d’origine populaire aujourd’hui au collège.

Mais ce réalisme est un réalisme illusoire, et il y a pour le moins une énorme hypocrisie à présenter l’apprentissage précoce comme solution pour les jeunes des quartiers les plus paupérisés et les plus stigmatisés : comment peut-on croire ou laisser croire que ces jeunes, qui sont déjà les premières victimes de la discrimination à l’embauche ou pour trouver un stage lorsqu’ils sont élèves de l’enseignement professionnel, ne le seraient plus dès lors qu’ils auraient deux ans de moins ? C’est, en réalité, un réalisme du renoncement, au nom de l’adaptation à une situation urbaine, sociale, économique, culturelle et scolaire engendrée par une politique libérale qui organise la concurrence systématique entre les individus, accroît les écarts et « externalise » les exclus.

Chacun sait que l’apprentissage à 14 ans, ce sera l’orientation encore plus précoce vers des classes où l’on parquera, en attendant, ceux qui sont les premières victimes du fonctionnement élitiste et socialement inégalitaire de notre système éducatif, ceux qu’il faudrait, non pas chercher à séduire par des promesses illusoires, mais au contraire réconcilier avec l’étude, le travail et la culture scolaires. Chacun sait que cette mesure est aux antipodes d’une véritable formation, générale et professionnelle, et qu’elle témoigne d’un mépris détestable pour les métiers dits « manuels » qu’elle réduit à de simples tâches d’exécution, ne nécessitant qu’une formation scolaire au rabais.

Chacun sait que le vrai courage politique ne consiste pas à « traiter » les problèmes par l’exclusion, mais à s’attaquer, le plus tôt possible, et donc dès les premières classes, à la genèse de l’échec et de la ségrégation scolaires. Non, l’issue n’est pas dans la politique du renoncement mais dans une politique qui rompe avec la gestion sociale de l’inégalité et de la ségrégation sociales et scolaires, qu’est devenue, au fil du temps, la politique « en faveur des plus démunis ». Non il n’est plus possible d’accepter que, dans ce domaine comme dans tant d’autres la protection sociale et l’emploi en particulier , les hommes politiques qui nous gouvernent s’évertuent à transformer les victimes en coupables, à envoyer en permanence aux vaincus du libéralisme des signaux leur disant : « C’est de votre faute ! Vous n’aviez qu’à être du côté des vainqueurs ! » Cette pensée qui bafoue l’idéal d’une république sociale est à l’inverse de ce qui permettrait à notre peuple de redresser la tête et de prendre sa place dans un monde solidaire. Faut-il rappeler, une nouvelle fois, qu’« une chaîne ne vaut que ce que vaut son maillon le plus faible » ?

Les mesures annoncées par le gouvernement concernant les ZEP participent ainsi, elles aussi, d’une détestable politique du renoncement. C’est tout d’abord l’annonce selon laquelle cette nouvelle « relance » des ZEP devra se faire à moyens constants, alors que tous les analystes de cette politique insistent sur la faiblesse des moyens qui lui ont été accordés. Annonce renforcée, quelques jours plus tard, au beau milieu des vacances scolaires, par celle d’une diminution de plus de 30 % des postes mis au concours en 2006. C’est ensuite la concentration quasi exclusive des mesures annoncées sur les collèges qui, d’une part, pourrait laisser croire qu’il n’y aurait pas de problème en amont, à l’école maternelle et élémentaire et, d’autre part, qu’il n’est pas nécessaire de s’attaquer aux processus de ségrégation sociale, urbaine et scolaire qui produisent la paupérisation et la précarisation croissantes d’une part de plus en plus grande de la population habitant ou fréquentant les quartiers et les établissements scolaires « de banlieue ». C’est encore la possibilité donnée aux meilleurs élèves de ZEP de s’inscrire dans l’établissement de leur choix qui affiche, en creux, le peu d’ambition que l’on a pour les établissements qui concentrent déjà aujourd’hui, et concentreront encore plus demain, les élèves les plus « défavorisés » et, en particulier, évidemment, les lycées de banlieue qui vont se trouver de plus en plus ghettoïsés, bloquant plus que jamais l’ascenseur social qu’on prétend faire redémarrer.

C’est enfin l’accent exclusif mis sur l’individualisation des mesures et sur la volonté, affirmée aussi bien par Gilles de Robien que par Nicolas Sarkozy, de ne plus donner la priorité aux « zones » mais aux élèves. A ce moment encore, derrière une question qui mérite débat (faut-il privilégier une approche en termes de territoires, ou en termes de rapports entre le système éducatif et certaines catégories de population ?), se dissimule bien mal une volonté de renoncement à la transformation nécessaire de l’Ecole et de lutte contre toutes les formes de « fracture sociale ». On voudrait nous laisser croire, en privilégiant une logique de traitement individuel, qu’il suffirait de mieux « adapter » les enfants de milieux populaires (à grands renforts de soutien, de rattrapage, de parrainage, voire de culpabilisation ou de pénalisation de leurs parents) à un système éducatif dont le fonctionnement élitiste pourrait demeurer inchangé. Mais les enfants des « banlieues », ceux des milieux populaires posent au contraire, à notre société comme à notre Ecole, le problème de leur nécessaire transformation ; ils nous obligent à mieux penser et à mettre en oeuvre les conditions, sociales, économiques et scolaires de la démocratisation de l’accès au savoir et à l’exercice de la pensée critique. Perspective à laquelle tourne obstinément le dos ce gouvernement autiste, enfermé dans une logique du renoncement qui lui fait brader toute ambition pour l’Ecole et qui le conduit à promettre une scolarité au rabais à ceux qui auraient au contraire besoin, non seulement de plus mais de mieux d’Ecole.

Quand cette politique s’accompagne d’une multitude d’autres renoncements plus ponctuels mais tout aussi significatifs : abandon, en terminale, des travaux personnels encadrés qui permettaient la formation au travail de groupe et à la recherche documentaire exigeants, imposition aux professeurs d’école de la méthode syllabique au détriment d’un apprentissage progressif et critique de la lecture tout au long de la scolarité, présence dans les établissements de forces de police pour faire régner l’ordre alors qu’on refuse à ces mêmes établissements les moyens en conseillers principaux d’éducation et en cadres éducatifs, enseignement des « bienfaits » de la colonisation, réduction de l’éducation civique à l’apprentissage de la Marseillaise, etc., alors il n’est plus temps de s’inquiéter, il est urgent de chercher, par tous les moyens, à résister.

Pour signer cette pétition : http://www.ecole-resister.net/phpPetitions/?petition=2

par lofi publié dans : Education
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