Je
voudrais reprendre ici l'un des derniers commentaires de bgt dans lequel il évoque la construction des savoirs par l'élève.
" En histoire, par exemple, on ne peut pas faire des cours de qualité de n'importe quelle manière. Aborder des notions complexes (et là, je sens qu'on ne va pas être d'accord du
tout) ne peut passer par cette fameuse construction des savoirs par l'élève, qui est à mes yeux une des plus belles couillonnades de ces dernières années.
Il faut expliquer, ré-expliquer, comparer, mesurer. Ceux qui sont les plus grands détracteurs du cours magistral sont souvent ceux qui n'en voient pas la puissance explicative, de piètres
orateurs, de piètres conteurs, qui pensent que le coloriage peut faire réfléchir. Or, il n'en est rien. L'absolutisme - pour prendre un exemple du programme de 4e - ce n'est pas une carte
polychrome ou une chronologie, mais un concept. Grande nuance."
Ici, comme souvent on confond "contruction des savoirs" et "construction du cours".
Même dans un cours magistral, l'élève qui y parvient construit son savoir. De cette parole du maître, il va inconsciemment le plus souvent hiérarchiser, mettre en elation avec ce
qu'il connaît déjà ou croit connaître, chercher des analogies, des oppositions, rectifier, comparer, mesurer ...
Seulement le cours magistral ne réussit pas à faire faire toutes ces tâches de construction de savoirs à tous les élèves. Il y parvient bien quand l'élève (ou l'étudiant ou ... l'apprenant)
donne du sens au cours, dispose de "conditions de compréhension" suffisantes....
Pour d'autres, des activités plus "actives" justement permettent de réaliser ces tâches. Et il ne s'agit pas de coloriage (laissons ces formules caricaturales à quelques
agrégés de lettres qui sur les plateaux télé viennent vendre leur pamphlet). L'objectif reste bien le même, le moyen d'y parvenir diffère... mais prend en compte plusieurs chemins pour
y parvenir
Il ne s'agit donc pas pour l'élève de construire le cours, c'est bien le prof qui élabore les différentes starégies possibles pour parvenir au savoir. Savoir qui sera par contre bien construit
par l'élève par toutes les opérations (mentales ou non) qu'il aura réalisées.
Puisque bgt prenait exemple à juste titre de la construction de concept, on renverra ici aux ouvrages de Britt-Mary Barth sur l'apprentissage de l'abstraction et des concepts
justement.
" La nostalgie du bon vieux temps est, en fait, la nostalgie d'une école homogène où une élite, enfermée dans un monastère studieux, profitait de soins dont les autres étaient
exclus"
Hervé Hamon
Un extrait
du tchat organisé hier par "pas de quartiers pour les inégalités" avec Ph.Meirieu.
On y a vu ré-utilisé le fameux "référentiel bondissant". Toujours aussi rigoureux les conservateurs !
Une allusion à la baisse de niveau, toujours aussi véridiques les propos des conservateurs !
et le "pédagogisme", toujours aussi courtois !
Je passe sur le "comme dit l'autre"
Belle réponse de Ph. Meirieu, qui résume bien ce qu'on essaie de montrer ici.
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pseudo: Jean-Michel Carré
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question: Vous êtes connu du grand public pour avoir été l'un des principaux inspirateurs du pédagogisme, avec ses appellations "modernes": l'apprenant, le référentiel
bondissant... Or, plus votre système a été en faveur et plus on a mis de moyens financiers dans l'école, et plus les résultats...ont été moins bons!! comme dit l'autre. Comment
expliquez-vous ce paradoxe?
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D'une part, je récuse la notion de "pédagogisme" qui mélange abusivement des réflexions pédagogiques nécessaires et une technocratie didactique inutile. Mes travaux ont toujours placé les
questions du sujet et de la culture au coeur de tous mes projets. Par ailleurs, je me suis toujours inspiré des pédagogies qui ont fait leurs preuves : Itard, Pestalozzi, Makarenko, Montessori,
Freinet, Oury, etc. Pour ce que je vois, ce n'est pas l'héritage de ces grand pédégogues qui est aujourd'hui au coeur des pratiques éducatives! Par ailleurs, les propositions que j'ai pu faire,
par exemple sur le lycée en 1998, ont été soit négligées soit largement abandonnées (c'est le cas des travaux personnels encadrés, des itinéraires de découvertes, de l'ECJS, du suivi
personnalisé en seconde, etc.). En réalité, j'ai le sentiment que le modèle Taylorien de l'école c'est plutôt renforcé et que la place de la pédagogie y est extrêmement marginale. Comme le
disait une mission d'universitaires québécois chargée d'évaluer la mise en oeuvre des réformes en France depuis trente ans , "dans l'école ça change tout le temps, mais dans la classe c'est
toujours pareil". pour moi c'est justement le déni de la pédagogie qui est aujourd'hui un des blocages majeur de notre système. Comme le dit Antoine Prost, nous avons démocratisé l'accès sans
démocratiser la réussite parce que nous n'avons pas changé nos pratiques.
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