à propos de leur motivation (ou non) ...
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Education & Politique
"Il ne suffit pas de voter à gauche pour être un enseignant de
gauche"
Maman chérie,
Je suis désolée de devoir te dire que j'ai quitté la maison
pour aller vivre avec mon copain. Il est l'amour de ma vie.
Tu devrais le voir, il est tellement mignon avec tous ses tattoos et son piercing et sa super-moto.
Mais ce n'est pas tout ma petite maman chérie. Je suis enfin enceinte
et Abdoul dit que nous aurons une vie superbe dans sa caravane en plein milieu des bois.
Il veut beaucoup d'enfants avec moi, c'est mon rêve aussi.
Je me suis enfin rendu compte que la marijuana est bonne pour la santé et soulage les maux.
Nous allons en cultiver et en donner à nos copains
lorsqu'ils seront à court d'héroïne et de cocaïne pour qu'ils ne souffrent pas. Entre-temps, j'espère que la science trouvera un remède contre le sida
pour qu'Abdoul aille mieux. Il le mérite vraiment tu sais.
Ne te fais pas de soucis pour moi maman, j'ai déjà 13 ans, je peux
faire attention à moi toute seule et le peu d'expérience qui me manque, Abdoul peut le compenser avec ses 44 ans.
J'espère pouvoir te rendre visite très bientôt pour que tu puisses
faire la connaissance de tes petits enfants.
Mais d'abord je vais avec Abdoulchez ses parents en caravane pour que nous puissions nous marier.
Comme ça, ce sera plus facile pour lui pour son permis de séjour.
Ta fille qui t'aime.
PS : Je te raconte des idioties maman, je suis chez les voisins ! Je
voulais juste te dire qu'il y a des choses bien pires dans la vie que
le bulletin scolaire que tu trouveras sur ta table de nuit.
Je t'aime.
A partir du 1er juillet, vous pourrez laisser au privé le soin d'éduquer et instruire vos enfants.
Mais attention, le retour en arrière est interdit ! Ils ne pourront plus par la suite rejoindre une école publique. Il est donc plus que probable que les frais
d'inscription augmenteront dans les années à venir puisque vous serez obligés de les accepter.
De plus, ce n'est pas l'enfant qui est inscrit mais la maisonnée. Aussi, si vous achetez un logement dont les enfants des précédents propriéraires allaient dans le privé, les vôtres seront
obligés d'y aller à leur tour.
...
Pas de panique ! Tout cela est faux ! Un simple cauchemar ...
... C'est par contre vrai pour l'électricité !
Forts les libéraux,non ?
Dans le dernier numéro de l'Enseignement Public, Eddy Khaldy de l'unsa education fait le point sur les attaques dont est victime l'enseignement public et laïc
en France. Suppression de la carte scolaire, communautarisme, avantages octroyés à l'enseignement privé, collusions entre associations ultralibérales, les cléricaux et les tenants de réformes
pédagogiques conservatrices ... un constat alarmant.
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Le service public de l'éducation est régulièrement l'objet d'attaques venant de groupes d'intérêt qui voudraient en finir avec un « mammouth comparable à l'ex-armée
rouge ». Adeptes du communautarisme ou promoteurs de la privatisation de l'école, ils rêvent d'une école... qui ne fait pas rêver.
L'Etat a, en matière d'organisation de l'enseignement public, des obligations constitutionnelles afin d'assurer le droit de l'enfant à l'éducation, à l'instruction et à la culture. L'école
publique laïque, première institution de la République remplit ainsi une fonction sociale qui prépare le vivre ensemble, la vie en société et garantit la formation de futurs citoyens dans le
strict respect de leur liberté de conscience.
Ce rappel devient nécessaire à une époque où certains opposent le droit de la famille à celui de l'enfant. Pour certains, la formation des jeunes doit être conforme à la doctrine religieuse et
communautaire de leurs parents.
Haro sur l'enseignement public
Ainsi, les libéraux et les cléricaux sont objectivement alliés pour faire dériver l'institution éducation vers une logique de service mettant en concurrence public et privé pour mieux orienter la
formation vers une option consumériste et marchande.
Depuis plus de vingt ans fleurissent, avec cet objectif, des officines très libérales « Créateurs d'écoles », « SOS éducation », « Créer-son-école», « Enseignement et Liberté », « Famille, Ecole,
Education »... Ces groupements, au moins unis parles liens hypertextes de leurs sites Internet, ressassent depuis des années le même leitmotiv : le « mammouth comparable à l'ex-armée
rouge » « génère de la violence », « coûte cher » et « fabrique des crétins » dans un « enseignement inadapté » et « non
réformable ». « L'école est en train de mettre en péril l'avenir de milliers d'enfants : il faut agir vite » disent-ils.
Ces groupuscules qui dénoncent « la dictature des syndicats » inspirent souvent des « réformes » pédagogiques conservatrices. Ils avancent aussi des projets visant à organiser le pluralisme pour
démanteler le service public laïque d'éducation.
Dans un récent rapport du 10 mai 2007 sur la « liberté d'enseignement en France » l'Organisation Internationale pour le Droit à l'Education et la Liberté d'Enseignement (OIDEL), association
reconnue d'intérêt public par le droit suisse avec statut consultatif auprès des Nations Unies, de l'UNESCO et du Conseil de l'Europe indique la marche à suivre au nouveau gouvernement pour
développer des voies juridiques et des moyens structurels à mettre en œuvre pour privatiser l'éducation. La marche à suivre est inquiétante : les étapes prévues font écho à l'actualité et
aboutissent, au bout du compte, à un effacement de la spécificité de l'enseignement public, à la fin de la sectorisation et à la mise en concurrence des établissements.
Ce projet, s'il trouvait une concrétisation, renforcerait les inégalités. Mais il nécessiterait, s'il devait trouver des alliés, une modification de lois fondamentales voire même de la
Constitution.
La France bien classée pour sa politique en faveur du privé...
Les objectifs de privatisation sont ici très clairement exprimés dans ce « rapport spécial France 2007 ». Ce rapport souligne qu'en 2002, sur 85 pays étudiés, tant dans les dispositions
juridiques que dans la pratique la France est placée en quatrième position pour la « liberté d'enseignement», Les informations étaient connues : des enquêtes montraient que l'enseignement privé,
presque exclusivement catholique en France, est surreprésenté et le mieux financé parmi 25 pays d'Europe. Ce guide constate qu'avec la loi Debré modifiée à de multiples reprises et aggravant la
situation initiale, « la liberté d'enseignement est, dans son principe, solidement ancrée dans la législation française», qu'il n'y a plus trop d'obstacles pour
avancer vers une privatisation ou « le caractère propre catholique deviendrait une option parmi d'autres » qui pourrait «affirmer sa spécificité de manière plus explicite» ....« La
suppression la carte scolaire n'est qu'un élément de solution » car elle constitue « un obstacle à la liberté d'enseignement donc à la privatisation par la «
diversification de l'offre »... marchande.
La collusion entre communautaristes et marchands d'école est ici explicite. Le réseau de l'enseignement catholique développé au-delà de la demande confessionnelle pourrait servir de
tremplin et de support à un projet de concurrence entre établissements. Ce rapport souligne, comme une autre possibilité, que «la décentralisation de l'enseignement paraît également
une voie prometteuse ». Les régions demeurent à ce jour opposées à une privatisation de l'éducation.
Mais ces propositions ont une histoire. En 1993, l'association « Créateurs d'école » expliquaitdans son premier bulletin sa vision de la décentralisation comme moyen de faire sauter
les premiers verrous « en évitant le piège d'une réforme globale». En 2003, une toute nouvelle association « SOS Education » reprenait ce flambeau en évoquant « la liberté de créer
et de gérer des écoles non gouvernementales (ENG)». Ces objectifs rejoignent aujourd'hui ceux de ce rapport de l'OIDEL relatif à « la liberté de l'enseignement en
France»
Des actions en cours
Rappelons que l'article 89 de la loi du 13 août 2004, dont l'UNSA Education demande l'abrogation, oblige, sans accord préalable, la commune de résidence d'un élève à financer sa scolarité
dans une école privée d'une autre commune. Cet article s'inscrit dans cette logique de concurrence déloyale, puisque cette disposition est facultative et soumise à accord pour le public. Les
organisations constitutives du CNAL, dont l'UNSA Education, viennent d'obtenir une décision favorable du Conseil d'Etat concernant le recours qu'elles avaient déposé fin de demander
l'annulation de la circulaire d'application du 2 décembre 2005.
Eddy Khaldy, L'enseignement Public, n°111, juin 2007
merci à lui pour nous avoir autorisé à publier ici son article
"Qui ne continue pas à apprendre est indigne d'enseigner" (Gaston Bachelard)
"L'éducation ne consiste pas à gaver mais à donner faim" (Michel Tardy)
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