> L’éducation prioritaire est la grande absente de la loi d’orientation. Ce n’est pas un hasard. En effet, la politique des zones d’éducation prioritaire (Z
EP) s’appuie sur une logique de territoire opposée à la logique d’aide individuelle inscrite dans la loi. Bourses au mérite, stigmatisation des élèves en difficulté par la signature de contrats dans le cadre des projets personnalisés de réussite éducative (P
PRE), tout dans la loi Fillon renvoie à la responsabilité individuelle de chaque élève et de sa famille.
Inacceptable pour le SE-U
NSA qui veut conserver les principes d’une discrimination positive à la française : tenir compte de la géographie sociale de notre pays tout en maintenant la référence aux principes républicains, en tout premier lieu celui d’égalité de tous devant l’École par une répartition inégale des moyens en fonction des caractéristiques sociales et culturelles des territoires.
Depuis la relance des Z
EP de 1997, on cherche vainement les signes d’un pilotage national de l’éducation prioritaire de la part du ministère de l’Éducation nationale : ce sont d’autres ministères qui s’expriment en son nom et en particulier le ministère de la Cohésion sociale avec ses dispositifs de réussite éducative, nouveaux cadres venant s’ajouter à l’empilement de dispositifs variés (Contrat éducatif local, Contrat local d’accompagnement à la scolarité, École ouverte…) tandis que d’autres classifications (établissement sensible, difficile, plan violence...), mal raccordées aux Z
EP existantes, contribuent à la perte de sens de l’éducation prioritaire.
Multiplication des dispositifs sans cohérence, dilution des moyens due à l’extension de la carte des Z
EP-R
EP, silences ministériels, focalisation sur les indemnités et les avantages en termes de carrière pour les personnels plutôt que sur l’amélioration des conditions d’exercice du métier, voilà les maux dont souffre l’éducation prioritaire.
La politique d’éducation prioritaire doit bien sûr s’appuyer sur des moyens supplémentaires et spécifiques. À des problèmes hors norme, doivent répondre des moyens hors norme. Ces moyens doivent permettre :
• de diminuer la taille des établissements et d’en faire des pôles d’excellence (équipements, sections, options les plus attractifs) ;
• de disposer dans les établissements des compétences spécifiques (psychologues scolaires, éducateurs, personnels sociaux et de santé…) nécessaires aux équipes pour leur permettre de résoudre les problèmes de comportement de certains élèves ;
• d’améliorer les conditions de travail et d’abaisser de façon significative (au moins trois heures) le service des enseignants : l’objectif est de renforcer la stabilité des équipes, de répondre aux besoins plus importants d’aide aux élèves, de relation avec les familles, de concertation et donc de solidarité entre enseignants ;
• d’assurer une prise en charge continue des élèves dans l’établissement et de réaliser une baisse très significative des effectifs de classe (moins de vingt élèves).
Tout cela passe non pas par l’augmentation des heures supplémentaires, mais par l’accroissement des postes budgétaires qui contribuent à une présence éducative plus importante d’adultes dans l’établissement. Les moyens doivent être accordés en fonction des besoins repérés par les équipes dans le cadre de l’élaboration de leur projet. Ces moyens incluent la formation et l’accompagnement des projets et des personnes.
Pour le SE-UNSA, «éducation prioritaire» ne doit pas être une expression vidée de son sens, elle doit effectivement être la priorité de l’Éducation nationale. La cohésion de notre nation en dépend.
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