Examen et concours.
J’ai réussi l’examen d’entrée en sixième…
Internat sinistre. Dortoirs sinistres : 3 étages de 150 lits minimum, immense alignement dans une immense unique pièce.
6h du matin : debout à la sonnerie. T’es pas levé ! : PS ( privation de sortie )
Le maton surveillant veillait à la propreté, au silence et au lit au carré.
6h30 7h30, étude, le ventre vide. Froid d’hiver je me pelotonne près du radiateur.
( J’ai toujours eu de la tendresse pour les élèves « près du radiateur »
7h30 8h, dans un réfectoire immense : le petit déjeuner .
Struggle for life : j’ai passé mes UV de connerie humaine.
Je suis tombé malade, rougeole ou un truc comme ça.
L’infirmière était extra, serait elle tombée amoureuse de moi ?
« mon ptit lapin » par ci , « mon p’tit lapin » par là.
Madame je ne vous remercierai jamais assez.
J’ai pris un abonnement et toujours un lit près d’un radiateur :
un p’tit coup de radiateur sur le thermomètre et hop,
trois jours au dodo chaud et calins pour le p’tit lapin.
D’un autre côté je n’arrêtais pas de bloquer des PS. A l’étude, une grande salle immense avec un surveillant veillant au strict silence : ouvrir la bouche pour
chuchoter : PS.
Vrai, juré, c’est vrai, nous avions un pion, un malade, qui montait et démontait un revolver.
Un autre qui devait étudier le chinois se polissait le chinois en nous faisant recopier des caractères…
Sur l’ensemble de la 6 ème si je suis rentré 10 fois chez moi c’est largement compté.
PS : lugubres, samedi, dimanche, je suis engoncé dans un lugubre uniforme pour de lugubres promenades, en rang obéissants, dans la lugubre campagne avoisinante.
J’ai redoublé la sixième.
En quatrième je n’avais plus de PS, j’en faisais obtenir aux autres….
UV de Vice
Ecole de la démerde.
J’ai continué à lire, lecture refuge, lecture oubli.
Des sourires toutefois :
- mon copain Pianezza,
T ‘es où Pianezza ? ,
Si tu es encore vivant lève le doigt !
- Un surveillant révolutionnaire : à 6h nous avions 5’ pour nous lever, de la musique et un sourire.
Il est devenu un prof extra…., le ciné club… génial, un camp en Corse…génial.
Après le coup du b a ba, il y a de drôles de républicains qui veulent vous faire le coup du retour aux bonnes vieilles méthodes du bon vieux temps : on va se
marrer !
J’ai réussi le concours d’entrée à l’Ecole Normale.
Il faut que je vous narre les circonstances de cet exploit.
J’étais en fin de seconde, rares étaient les réussites d’élèves de troisième à ce concours envié et difficile.
Il fallait absolument que je prenne mon « indépendance ».
Arrivée la veille nous avions la chance d’être logé à l’internat.
Que nous a-t-il pris ?
L’air de la liberté ? Le goût du risque ? Le trouble du gardien de but qui voit l’attaquant devant lui ?
Bref nous avons fait le mur !
( C’était la première chose que les anciens nous expliquaient : « Tu vois ici c’est par là qu’il faut faire « le mur » »)
Donc veille de concours, hardi jeunesse le mur, le cinéma, le bistrot…les douceurs de la nuit adolescente.
Retour vers la réalité.
Le « mur » : impeccable.
Les couloirs : impeccable.
La porte d’entrée du dortoir : pas impeccable, ce n’est pas qu’elle grinçait, elle était fermée.
Nous avons donc dormi à deux dans ….le placard à balais.
Petit matin les épreuves…certaines étaient terrifiantes. Le résumé de texte à partir de deux lectures en particulier devait être un filtre à esprits de synthèse.
Je devais avoir un peu de ce fameux esprit de synthèse : ai été reçu dans les derniers !
Suis sorti cinq ans après dans les premiers, après bien des murs et des petits séjours dans le bureau de monsieur le Directeur.
Monsieur le directeur venez là que je vous embrasse !
Il m’avait, une fois, confié à l’intendant….que faire avec cet histrion ?
« Enfermé » toute l’après midi du mercredi dans l’amphi, seul, bouclé à clefs, sans hand ball.
Vous comprenez pourquoi j’ai eu des capacités de compréhension, presque infinies, pour la connerie adolescente ?
J’ai toujours « sévi » jamais avec mépris, parfois avec drôlerie.
Je leur disais, de temps en temps,
« le rois des cons ce n’est pas toi, c’est moi »
« J’ai bien des défauts mais je ne suis pas rancunier »
Et celle ci ( je ne sais pas si je dois le dire ..)
« Va y avoir du sang sur les murs »
Ils se marraient…
Ou :
« Le seul autorisé à dire des c……. » c’est le professeur ! »
Ils se marraient.
Et le cours reprenait.
Un cours c’était aussi des « pauses », courtes mais nécessaires.
« On s’y remet jeunes gens ! »
En parlant de mur.
Avec l’ancienneté, certains élèves avaient le privilège d’avoir la clef du portail d’entrée de l’EN.
Je faisais partie de ces privilégiés.
Cela ne vous étonne pas ?
Je n’en ai jamais abusé. Rentrée en silence, le plus loin possible des appartements de Monsieur le Directeur, notre papa à tous dont il ne fallait absolument pas troubler le
sommeil.
Père sévère, père juste, père aimé.
Monsieur le directeur n’avait pas eu d’enfants.
Tous les ans, il en adoptait une fournée nouvelle.
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