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Lundi 28 avril 2008
L'école, le collège, le lycée… n'aiment pas l'écrit sauf pour sélectionner.

La parole règne en maître.
Tout au moins celle de l'enseignant.

Il n'est que de passer dans les couloirs d'un établissement (il n'est nul besoin d'écouter aux portes) pour s'en rendre compte.

Car, pour l'élève, c'est un peu différent.

Le cours dit "dialogué" est l'alibi du cours magistral, dédié par définition à la parole professorale : Le professeur pose des questions et attend une réponse précise. Les errances sont écartées parfois avec ironie, le temps est limité et le nombre d'interrogés, trop souvent les mêmes, est réduit, car il importe de revenir aux choses sérieuses : la parole du Maître.

Quant aux questions que l'élève se pose elles sont presque toujours renvoyées à ce moment mythique que personne n'a jamais fréquenté : la fin du cours. Il en est de même de ce que pourrait apporter un échange entre élèves dans la classe, soit en public, soit en petit groupe. Que pourrait-il en effet apporter à lui-même, à la classe, au savoir, aux processus de transmission du savoir ?

Cette occupation du temps par la parole ne laisse guère de place à la production écrite personnelle de l'élève (la prise de notes et le cours dicté n'en font pas partie). Alors qu'au moins un tiers du temps devrait lui être consacré, avec accompagnement individualisé par le professeur ou monitoral si cette pratique était connue.

Il ne faut pas croire que ces coutumes n'ont pas d'objectif politique au sens large.

Il s'agit d'habituer l'enfant à un mode d'expression dominant la vie des adultes : la parole, celle du patron, celle du dirigeant politique ou syndical, celle de celui qui est capable d'intervenir dans toute réunion quelle qu'elle soit. Faute d'habitude il sera "empli comme une cruche". Car s'il est difficile de prendre la parole en public , l'encouragement à le faire, qui est de mise dans ces réunions à prétention démocratique, n'est qu'une forme de la double injonction: "parle, mais gare à toi". En effet, il est encore plus difficile de porter la contradiction qui entraîne automatiquement une certaine réprobation du public, réprobation que renforce la frustration pour avoir occupé le temps que moi, petit participant, j'aurais pu occuper si je ne m'en étais pas senti indigne.

Les techniques d'animation des groupes qui pourraient favoriser l'expression individuelle ne sont pratiquement pas mises en œuvre, voire déconsidérées comme technicistes, dans la grande majorité des cas elles sont surtout utilisées pour assurer la mainmise de quelques  uns sur la réunion.

Libérer la parole, voilà le danger.

Mais ce qui est encore pire c'est l'expression écrite.

L'histoire nous montre que l'écrit a toujours été soumis à la censure, rien n'aurait changé sans la Bible, l'Encyclopédie, les Cahiers de Doléances, Le Capital, les slogans de Mai 68…et c'eût été très bien ainsi c'est ce que pensent ou ont pensé l'église, la noblesse, les bourgeois, les politiciens, les anti-pédagogistes, j'en passe et des meilleurs.

Cet écrit que l'on ne peut maîtriser que par une pratique constante et régulière en classe d'abord, dans la vie ensuite et surtout dans la vie politique de citoyen.

Cet écrit que l'on ne peut s'approprier que par une citation, un slogan qui résume bien ce que l'on a quelque difficulté à exprimer dans une manif ou dans une réunion. Cet écrit qui ouvre les voies diplômantes par des pratiques codées de dissertations, de mémoires ou de thèses, voies qui donnent droit à une parole elle aussi codée. Heureusement que la ségrégation sociale veille, avec en plus un fort ralentissement de l'ascenseur social.

Où irions-nous si les murs avaient la parole ? L'école, les partis, les pouvoirs l'ont bien compris qui ont mis hors la loi graffitis et dazibaos.

Où irions-nous si chacun pouvait avoir accès à la presse ? Les journalistes experts veillent.

Qu'est-ce qui a donc pris à Ségolène Royal d'encourager l'oral dans les réunions par la démocratie participative ?

C'est d'autant plus dangereux que se développe la pratique des blogs qu'elle encourage aussi. Voilà un outil particulièrement néfaste. N'importe qui peut en ouvrir un, sur n'importe quel thème, y dire ce qu'il veut, appeler ses semblables à le critiquer, à proposer des alternatives. Circonstances aggravante, on accepte les rédactions approximatives, les orthographes fantaisistes si bien que, peu à peu, par l'exercice, chacun progresse dans la maîtrise de l'expression écrite et on ne peut plus l'arrêter dans cette découverte de sa capacité à s'exprimer, à comprendre les autres, à échanger, bref à communiquer. Ce que l'école n'avait pas fait et que les organisations professionnelles, syndicales, politiques n'ont fait qu'à la marge.

Après une longue éclipse d'appartenance à un parti (quitté pour cause de limites à s'exprimer) je viens de retenter l'expérience. Encouragé par SR  (voir ci-dessus) je pensais que le PS avait enfin tiré la leçon des deux branlées qu'il venait de prendre en 2002 et 2007 et que les militants allaient retrouver un pouvoir qu'ils n'auraient jamais dû laisser échapper au profit de bonnes âmes.

L'élection municipale locale était imperdable, mais le parachutage de la tête de liste, le confinement à un petit groupe fermé de la conduite de la campagne excluant la consultation des militants, fut la chronique d'un échec annoncé, le soutien populaire ayant choisi l'abstention faute d'avoir compris à quel point les oligarques n'avaient en vue que leur bien.

Singeant les pratiques des dirigeants nationaux qui avaient si bien conduit à l'échec, ils ont, à ce jour, une sainte horreur de l'écrit, en appellent à la discipline du parti, ne supportent pas que le bilan du processus qu'ils ont mis en œuvre soit analysé et, comme tout bon enseignant, n'admettent aucune responsabilité dans l'échec, dans leur échec. Aussi demandent-ils que l'on s'en tienne aux assemblées générales… (voir ci-dessus). A ce petit jeu, Sarkozy sera toujours vainqueur, sa dernière intervention télévisée en est la preuve. Que les dirigeants de gauche attendent des susucres, Besson, Kouchner, DSK ont bien ouvert la voie.

 

Quod erat…comme quoi la politique conduit à la pédagogie et vice versa.

par rhumbs publié dans : Politique communauté : Politique Directe
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