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Lundi 16 juin 2008

Notre amie Suzanne Citron a réagi à la réédition de l'histoire de France en bande-dessinée présentée récemment dans le journal Le Monde en adressant au quotidien du soir le courrier suivant :

L’histoire de France « en plus du Monde » ?

Deux pleines pages du Monde, daté du 7 juin m’invitent à « redécouvrir 2000 ans d’histoire de France ». Sur la frise qui récapitule les grandes dates, de Vercingétorix à de Gaulle, j’aperçois tous les personnages qui, avant 1939, jalonnaient effectivement le parcours du Petit Lavisse de ma très lointaine enfance d’avant la deuxième guerre mondiale.

En cet an de grâce 2008, l’histoire que me propose, à grand renfort de publicité, mon quotidien préféré est strictement conforme au manuel phare de la 3ème République. Je « redécouvre » en effet les repères inchangés d’une histoire scolaire vieille de plus de cent ans, et dont les objectifs proclamés étaient d’unifier et d’assimiler les petits Français de métropole, des îles et de l’Empire (colonial), quelles que soient leur origine et la couleur de leur peau. Je retrouve dans cette frise cette vision unique et linéaire du passé autour des ancêtres gaulois, d’une chaîne de héros, de rois et de combats, sur fond d’exaltation de triomphes chrétiens ou nationaux. Baptême de Clovis, Charles Martel, Bouvines, Duguesclin, Marignan, Austerlitz ne surprennent en rien l’ancienne élève de l’école républicaine des années 1930.

En revanche, dite de la sorte, cette « histoire », a de quoi choquer la fidèle et consciencieuse lectrice du Monde qui, depuis des décennies a suivi, à travers son quotidien préféré, événements et commémorations. N’a-t-on pas commémoré, en 1971 le centenaire de la Commune, en 1985 le tricentenaire de la Révocation de l’Édit de Nantes, débattu en 1996 autour de l’exploitation du baptême de Clovis. Le Monde de Beuve-Méry n’avait-t-il pas plusieurs fois, pendant la guerre d’Algérie, été inquiété pour publications de tribunes dénonçant la torture ? Le Monde de Colombani n’a-t-il pas longuement fait écho au procès Papon de 1997-1998, publié le discours de Jacques Chirac du 17 juillet 1995 qui reconnaissait enfin la responsabilité de Vichy dans la déportation des Juifs de France et, en 2005, de pleines pages sur l’ouverture des camps ? Plus récemment les débats autour des enjeux mémoriels et la question de l’esclavage n’ont ils pas occupé de longues colonnes ? Enfin voici à peine un mois Le Monde de Fottorino ne célébrait-il pas Aimée Césaire, poète de la négritude ?

Pas de Vichy dans les dates repères proposées sur la frise cadeau. Point de guerre d’Algérie ni de colonisation ni de décolonisation. Pas le moindre signe d’existence des Antilles. Pas de présence juive dans l’histoire sauf mention du « J’accuse » de Zola.

J’avoue donc être choquée par cette caution tapageuse du Monde à l’égard d’une histoire qui ignore la totalité des débats des chercheurs de ces dernières années et nie de fait les passés multiples d’un très grand nombre de Françaises et de Français d’aujourd’hui.

Suzanne Citron, dernier ouvrage, Le Mythe national, l’histoire de France revisitée, Les Editions de l’Atelier, 2008.

par lofi publié dans : Politique communauté : Politique Directe
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Jeudi 15 mai 2008
Les chiffres de la croissance sont donc meilleurs que prévus.
La ministre de l'économie "jubile" (sic).

Seulement, si la croissance est supérieure à ce qu'on prévoyait, comment se fait-il que la majorité des Français n'en profitent pas davantage ? Pourquoi le pouvoir d'achat continue lui de diminuer ?

Qui jubile ?
par lofi publié dans : Politique communauté : Rassemblement de gauche...
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Jeudi 15 mai 2008

Une fois de plus, la semaine dernière, le président Sarkozy aura utilisé l'enseignement de l'histoire pour lancer un buzz forcément rassembleur.
Après la mémoire de Guy Moquet et celle des enfants morts en déportation, il s'agissait de faire l'unanimité autour de l'histoire de l'esclavage. Des thèmes sur lesquels il ne peut bien évidemment pas rencontrer d'opposition sur le fond. Mais à force d'utiliser toujours les mêmes ruses, le renard risque d'apparaître de plus en plus comme un loup.

Une fois de plus, la semaine dernière, la presse s'est bien montrée légère sur les questions liées à l'enseignement de l'histoire dans notre pays.
Après avoir repris l'étrange idée avancée par certains que la chronologie en serait désormais absente, les journaux se sont fait l'écho de l'annonce "révolutionnaire" de notre président : l'histoire de l'esclavage et de son abolition serait désormais enseignée en France !
Une simple vérification auprès des textes officiels aurait permis aux journalistes de s'apercevoir, entre autres, que :
- cet enseignement est bien prévu dans les programmes de l'école primaire de 2002 (ceux que l'on souhaite supprimer !)
- que la date de l'abolition de l'esclavage fait partie des repères au programme du brevet des collèges.

Amusant de constater cette absence de rigueur professionnelle au moment où les mêmes se sentent (à juste titre) heurtés par le projet du gouvernement d'instaurer à l'AFP une mission de "communication" politique en lieu et place de l'information. Sauf que dans le cas précis ...

Finalement, c'est le nouveau media qu'est internet qui aura joué son rôle grâce à un "contrôle citoyen" comme le faisait remarquer
la revue de presse de "Chronique éducation" de mardi dernier. Réaction sur le net qui aura incité plusieurs journaux à rectifier leur "information" inexacte de la veille (comme le stipule leur charte de déontologie .. elle aussi au programme des collèges !).

Voilà qui permettra au prof d'éducation civique que je suis aussi de renouveler mes études de cas sur les enjeux de l'information et l'éducation aux médias.

Il aurait pourtant suffit à l'un comme aux autres de souhaiter donner une place encore plus grande à l'enseignement de l'histoire de l'esclavage pour satisfaire le plus grand nombre sans tomber dans la démagogie et la caricature.
Pour ma part, je suis disposé à le faire en faisant par exemple étudier cette affiche que je ne connaissais pas (et que j'ai découverte grâce à l'excellent
blog de Guillaume, petit docteur ) : (cliquer dessus pour l'agrandir)

Nul doute que les propos du gouverneur méritent une étude approfondie... non ?

par lofi publié dans : Politique communauté : Politique Directe
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Lundi 28 avril 2008
L'école, le collège, le lycée… n'aiment pas l'écrit sauf pour sélectionner.

La parole règne en maître.
Tout au moins celle de l'enseignant.

Il n'est que de passer dans les couloirs d'un établissement (il n'est nul besoin d'écouter aux portes) pour s'en rendre compte.

Car, pour l'élève, c'est un peu différent.

Le cours dit "dialogué" est l'alibi du cours magistral, dédié par définition à la parole professorale : Le professeur pose des questions et attend une réponse précise. Les errances sont écartées parfois avec ironie, le temps est limité et le nombre d'interrogés, trop souvent les mêmes, est réduit, car il importe de revenir aux choses sérieuses : la parole du Maître.

Quant aux questions que l'élève se pose elles sont presque toujours renvoyées à ce moment mythique que personne n'a jamais fréquenté : la fin du cours. Il en est de même de ce que pourrait apporter un échange entre élèves dans la classe, soit en public, soit en petit groupe. Que pourrait-il en effet apporter à lui-même, à la classe, au savoir, aux processus de transmission du savoir ?

Cette occupation du temps par la parole ne laisse guère de place à la production écrite personnelle de l'élève (la prise de notes et le cours dicté n'en font pas partie). Alors qu'au moins un tiers du temps devrait lui être consacré, avec accompagnement individualisé par le professeur ou monitoral si cette pratique était connue.

Il ne faut pas croire que ces coutumes n'ont pas d'objectif politique au sens large.

Il s'agit d'habituer l'enfant à un mode d'expression dominant la vie des adultes : la parole, celle du patron, celle du dirigeant politique ou syndical, celle de celui qui est capable d'intervenir dans toute réunion quelle qu'elle soit. Faute d'habitude il sera "empli comme une cruche". Car s'il est difficile de prendre la parole en public , l'encouragement à le faire, qui est de mise dans ces réunions à prétention démocratique, n'est qu'une forme de la double injonction: "parle, mais gare à toi". En effet, il est encore plus difficile de porter la contradiction qui entraîne automatiquement une certaine réprobation du public, réprobation que renforce la frustration pour avoir occupé le temps que moi, petit participant, j'aurais pu occuper si je ne m'en étais pas senti indigne.

Les techniques d'animation des groupes qui pourraient favoriser l'expression individuelle ne sont pratiquement pas mises en œuvre, voire déconsidérées comme technicistes, dans la grande majorité des cas elles sont surtout utilisées pour assurer la mainmise de quelques  uns sur la réunion.

Libérer la parole, voilà le danger.

Mais ce qui est encore pire c'est l'expression écrite.

L'histoire nous montre que l'écrit a toujours été soumis à la censure, rien n'aurait changé sans la Bible, l'Encyclopédie, les Cahiers de Doléances, Le Capital, les slogans de Mai 68…et c'eût été très bien ainsi c'est ce que pensent ou ont pensé l'église, la noblesse, les bourgeois, les politiciens, les anti-pédagogistes, j'en passe et des meilleurs.

Cet écrit que l'on ne peut maîtriser que par une pratique constante et régulière en classe d'abord, dans la vie ensuite et surtout dans la vie politique de citoyen.

Cet écrit que l'on ne peut s'approprier que par une citation, un slogan qui résume bien ce que l'on a quelque difficulté à exprimer dans une manif ou dans une réunion. Cet écrit qui ouvre les voies diplômantes par des pratiques codées de dissertations, de mémoires ou de thèses, voies qui donnent droit à une parole elle aussi codée. Heureusement que la ségrégation sociale veille, avec en plus un fort ralentissement de l'ascenseur social.

Où irions-nous si les murs avaient la parole ? L'école, les partis, les pouvoirs l'ont bien compris qui ont mis hors la loi graffitis et dazibaos.

Où irions-nous si chacun pouvait avoir accès à la presse ? Les journalistes experts veillent.

Qu'est-ce qui a donc pris à Ségolène Royal d'encourager l'oral dans les réunions par la démocratie participative ?

C'est d'autant plus dangereux que se développe la pratique des blogs qu'elle encourage aussi. Voilà un outil particulièrement néfaste. N'importe qui peut en ouvrir un, sur n'importe quel thème, y dire ce qu'il veut, appeler ses semblables à le critiquer, à proposer des alternatives. Circonstances aggravante, on accepte les rédactions approximatives, les orthographes fantaisistes si bien que, peu à peu, par l'exercice, chacun progresse dans la maîtrise de l'expression écrite et on ne peut plus l'arrêter dans cette découverte de sa capacité à s'exprimer, à comprendre les autres, à échanger, bref à communiquer. Ce que l'école n'avait pas fait et que les organisations professionnelles, syndicales, politiques n'ont fait qu'à la marge.

Après une longue éclipse d'appartenance à un parti (quitté pour cause de limites à s'exprimer) je viens de retenter l'expérience. Encouragé par SR  (voir ci-dessus) je pensais que le PS avait enfin tiré la leçon des deux branlées qu'il venait de prendre en 2002 et 2007 et que les militants allaient retrouver un pouvoir qu'ils n'auraient jamais dû laisser échapper au profit de bonnes âmes.

L'élection municipale locale était imperdable, mais le parachutage de la tête de liste, le confinement à un petit groupe fermé de la conduite de la campagne excluant la consultation des militants, fut la chronique d'un échec annoncé, le soutien populaire ayant choisi l'abstention faute d'avoir compris à quel point les oligarques n'avaient en vue que leur bien.

Singeant les pratiques des dirigeants nationaux qui avaient si bien conduit à l'échec, ils ont, à ce jour, une sainte horreur de l'écrit, en appellent à la discipline du parti, ne supportent pas que le bilan du processus qu'ils ont mis en œuvre soit analysé et, comme tout bon enseignant, n'admettent aucune responsabilité dans l'échec, dans leur échec. Aussi demandent-ils que l'on s'en tienne aux assemblées générales… (voir ci-dessus). A ce petit jeu, Sarkozy sera toujours vainqueur, sa dernière intervention télévisée en est la preuve. Que les dirigeants de gauche attendent des susucres, Besson, Kouchner, DSK ont bien ouvert la voie.

 

Quod erat…comme quoi la politique conduit à la pédagogie et vice versa.

par rhumbs publié dans : Politique communauté : Politique Directe
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Mardi 22 avril 2008
Il y a des parcours personnels qui "disent mieux" l'histoire que toute commémoration ou directives ministérielles.
Celui de Germaine Tillon (30 mai 1907- 19 avril 2008) est de ceux-là.

Peu d'hommage rendu depuis sa disparition.
A croire qu'il n'y a pas de place pour deux grands disparus dans nos medias
par lofi publié dans : Politique communauté : Politique Directe
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